Abolir l’héritage va-t-il vraiment changer la société ? Ce que disent les experts

Abolir l’héritage va-t-il vraiment changer la société ? Ce que disent les experts
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Transmettre fortune et souvenirs, ou donner sa chemise à la collectivité ? L’idée d’abolir l’héritage suscite passions et débats enflammés, et questionne autant notre soif d’égalité que notre instinct de famille. Regardons ce que les experts et l’histoire récente nous en disent, pour voir si enterrer l’héritage changerait vraiment la société… ou pas !

L’héritage, machine à inégalités ou pilier social ?

Régulièrement pointé du doigt comme facteur d’inégalités, l’héritage revient sur le devant de la scène. On lui reproche de renforcer les écarts de fortune d’une génération à l’autre. Pourtant, l’attachement des Français à cette transmission patrimoniale reste extrêmement fort – question de cœur ou portefeuille, à vous de juger ! Mais face à l’idéal d’égalité, la tentation de remettre l’héritage en cause fait son chemin.

Pourquoi la question ressurgit-elle avec tant de vigueur ?

  • La dette publique titanesque : Avec près de 3 500 milliards d’euros de dette, soit 117 % du PIB, l’État français regarde d’un œil très intéressé les 350 milliards transmis chaque année via héritages et donations. De quoi rappeler que, parfois, l’argent des uns fait rêver les autres… surtout au Trésor public !
  • L’envol de la richesse héritée : Dans les années 1970, la part de fortune héritée représentait 35 % du patrimoine total des Français. De nos jours ? 60 %. De là à douter de la sacro-sainte méritocratie à la française, il n’y a qu’un pas. Difficile de défendre l’idée que chacun part avec les mêmes chances…
  • La « Grande Transmission » : Voilà le nom donné au colossal passage de flambeau entre baby-boomers et générations suivantes. 9 000 milliards d’euros sont en passe de changer de mains dans les vingt prochaines années. Forcément, ça pose question : la redistribution des richesses ne risque-t-elle pas de s’enliser dans le cercle fermé de l’hérédité ?
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Face à ces enjeux, certains plaident donc non pas seulement pour une réforme, mais pour une remise à plat, au point d’imaginer l’abolition de l’héritage pour redistribuer plus équitablement les richesses. Mais ce n’est pas (encore) franchement la révolution dans les mentalités, car le désir de transmettre et la valeur accordée au droit de propriété restent très ancrés.

Des critiques… pas si récentes que ça !

On pourrait croire que la critique est nouvelle, mais elle a de la moustache. Dès 1778, Beaumarchais raille les héritiers dans Le Mariage de Figaro : « Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. » Même son de cloche chez Jean-Jacques Rousseau en 1755, qui ne voyait dans le droit de propriété aucune raison de s’étendre au-delà de la mort, laissant ainsi la société libre de disposer des biens laissés par les trépassés. Petite nuance : il n’allait pas jusqu’à appeler à une révolution radicale sur la question.

De la Révolution française à nos jours : une (r)évolution des règles

Avant la Révolution, privilège suprême : l’aîné prenait tout ! Mais les révolutionnaires mettent fin à la fête, décrétant le partage égalitaire entre tous les enfants. Une règle toujours d’actualité en France, bien différente des États-Unis où chacun fait ce qu’il veut par testament – quitte à déshériter fiston, fille ou caniche.

En France, la réserve héréditaire garantit entre 50 et 75 % d’une succession aux enfants, selon leur nombre. Mais même cet égalitarisme familial soulève la controverse : certains redoutent qu’en fractionnant les patrimoines (adieu gigantesque domaine familial !), la rentabilité en pâtisse, surtout dans le secteur agricole. D’autres, comme Robespierre en 1791, saluent au contraire cette division comme moyen de rapprocher les conditions matérielles et de lutter contre la démesure des fortunes.

  • Pour Mirabeau, la propriété est une concession temporaire de la société, et à la mort du détenteur, c’est la société qui fixe les règles du partage. Les enfants ont, selon lui, un droit à hériter, mais pas les parents à transmettre comme bon leur semble.
  • Pour Robespierre, la redistribution doit avoir pour but l’égalité et servir l’intérêt public. La règle n’est donc pas une loi naturelle mais sociale.
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Autant dire que la question, loin d’être anodine, façonne encore nos sociétés ! La revendication d’abolition resurgit de temps à autre, portée récemment, par exemple, par l’élu socialiste Rémy Goubert dans Faut-il abolir l’héritage ? De l’impôt sur la mort à la dotation pour la vie (L’Harmattan, 2025).

Alors, révolution ou tradition ? Les Français persistent à vouloir transmettre, mais la montée des inégalités héritées met la société devant un dilemme. Faut-il préserver ce vieux mécanisme… ou le dépoussiérer (voire l’envoyer au grenier des antiquités sociales) ? Ce qui est sûr : la réflexion est loin d’être close. Prenez un café, et qui sait, peut-être aurez-vous l’inspiration pour trancher ce grand débat !

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