L’intelligence artificielle : voilà un sujet qui débarque désormais dans (presque) tous les entretiens d’embauche, quelle que soit la fiche de poste ! Que vous la côtoyiez au quotidien ou que vous évitiez ses algorithmes comme la peste, préparez-vous à passer le test IA des recruteurs. Voici comment ils vous sondent, où sont les pièges et, surtout, à quoi vous attendre pour éviter de rester bouche bée devant l’inévitable « Et vous, ChatGPT ou pas ? ».
Pourquoi l’IA s’invite dans les entretiens ?
Omniprésente dans nos vies, l’IA s’est aussi installée sur la table des entretiens d’embauche. Même lorsque la maîtrise de cette technologie n’est pas indispensable pour décrocher un poste, tester la culture IA d’un candidat est devenu monnaie courante. Pour Thomas Blanchard, Talent Acquisition chez Hellowork, « pour certains postes comme les développeurs, il est indispensable d’aborder le sujet ».
Mais attention : pas question d’assommer tout le monde avec des questions de Data Scientist. Clément Lemainque, fondateur de The HR Nerd, recommande d’« adapter la complexité des questions au poste et au niveau de séniorité du candidat ».
Les questions redoutées (et redoutables) des recruteurs
Démarrer l’interrogatoire IA, c’est comme entamer un match de ping-pong : ça part vite et il faut être prêt à répondre du tac au tac !
- Intégration dans le quotidien : Selon Laetitia Barbier (Talent Acquisition, Hellowork), un bon début consiste à « questionner le candidat sur son degré d’intégration de l’IA à son quotidien, que ce soit dans la sphère professionnelle ou personnelle ». Idéal pour détecter la curiosité… ou les réticences !
- Quels outils IA ? Tous les recruteurs sont unanimes : la fameuse « Quelle(s) IA(s) utilisez-vous ? » ou, version expert de Nicolas Tourneur (consultant RH), « Quelles typologies d’outils IA utilisez-vous ? ». Bref, LLM ou pas LLM ?
- Pourquoi tel outil plutôt qu’un autre ? Sylvain Colas, directeur du recrutement chez ACC, aime aussi sonder le mécanisme de choix : la mode ou une étude comparative rigoureuse ?
- Applications concrètes : Thomas Blanchard conseille d’enchaîner sur les usages précis : « À quelle fréquence utilisez-vous l’IA et pour quoi faire (contrôle, vérification, veille, réalisation d’un projet de A à Z…) ? ».
- Cas pratique : Toujours selon Sylvain Colas : « S’il vous était confié de réaliser telle activité, comment vous appuieriez-vous sur l’IA ? Détaillez chaque étape de votre réflexion. » Voilà qui sent bon le test grandeur nature !
- Question comportementale : Clément Lemainque suggère « Pouvez-vous donner un exemple où vous avez utilisé l’IA pour accélérer un processus ou résoudre un problème métier ? ». Il s’agit de comprendre la situation et la tâche (les fameux S et T de la méthode STAR).
Vous l’avez compris, mieux vaut arriver avec quelques réponses en stock et, si possible, des exemples concrets dans la manche.
Précision et réflexion : les recruteurs en quête de maturité IA
Pour les postes où l’art du prompt est une véritable compétence, gare à la question sur la construction de votre prompt ! On analysera notamment les éléments selon la méthode CRAFT (contexte, rôle, action, format, tonalité)… et ça donne aussi des infos sur le « A » (action) de la méthode STAR, précise Clément Lemainque. La vigilance s’étend aux résultats obtenus et à la capacité d’autocritique : « Demandez-lui aussi ce qu’il ferait différemment si c’était à refaire. »
L’idée ? Mesurer la prise de recul du candidat et sa capacité à analyser ses propres usages de l’IA, des compétences plus recherchées que jamais. Quant à Thomas Blanchard, il invite à questionner « l’impact de l’IA sur le quotidien professionnel et les pratiques » : comment avez-vous optimisé vos usages, combien de temps gagné, et qu’avez-vous fait de ce temps ?
Les incontournables : sécurité, vérification et cadre réglementaire
- Sécurité et fiabilité : Les recruteurs se penchent aussi sur les réflexes en matière de sécurité et de vérification des sources. Clément Lemainque insiste : « Il faut s’assurer que le candidat ait les bons réflexes dans l’usage de l’IA ».
- Critique face à l’IA : Nicolas Tourneur aime demander « Comment challengez-vous les résultats de recherche de votre LLM ? » pour jauger la conscience des limites et des moyens de contournement.
- Réglementation européenne : Enfin, certains profils – en particulier ceux exposés au règlement européen sur l’IA, comme les recruteurs eux-mêmes – auront même droit à des questions sur le sujet. La prudence est donc de mise si vous aspirez à un poste à « risque élevé » !
En résumé ? L’ère de l’IA a transformé la forme même des entretiens. À vous de jouer pour montrer curiosité, pragmatisme et sens critique ! Préparez vos anecdotes, révisez votre méthode STAR (voire CRAFT pour les warriors du prompt), et souvenez-vous : il ne s’agit pas d’être un gourou de la techno, mais de démontrer une vraie maturité d’usage.
Et puis, si vraiment vous séchez, tentez de garder votre calme – c’est sans doute aussi un excellent indicateur pour le recruteur !