Comment repérer les candidats toxiques lors d’un entretien d’embauche ? Pour Richard Fournier, fondateur de l’épicerie fine Le Comptoir de Mathilde, il suffit souvent d’une question inattendue, et parfois imparable. Rencontre avec un recruteur à l’instinct aiguisé, qui n’a rien à envier aux détectives des romans policiers – la loupe en moins, le chocolat en plus.
Un chef d’entreprise à l’âme de fin limier
À la tête de 120 collaborateurs, épaulé par une centaine de saisonniers et 80 franchisés, Richard Fournier n’a pas vraiment le temps de faire tapisserie entre deux entretiens d’embauche. Depuis son garage en 2007, il s’est construit un petit empire gourmand. Aujourd’hui, ce fils et petit-fils de chocolatier, qui se revendique « self-made man », continue à mener une dizaine d’entretiens chaque année, essentiellement pour des cadres ambitieux prêts à occuper des fonctions stratégiques.
Mais alors, quelle est cette fameuse question capable de démasquer d’un coup d’œil (ou presque) les candidats problématiques ? Petit suspense, patience… Elle n’est pas unique mais plutôt un savant mélange de questions ciblées qui permettent de découvrir – ou de démasquer – les vraies personnalités.
Des questions qui en disent long
- L’origine du candidat : Même si la question frise la ligne rouge du Code du travail (article L. 1221-6), Fournier aime questionner sur les racines. Fier de ses origines stéphanoises, il veut savoir si le candidat s’attache à son territoire. Si le poste implique un déracinement, il cerne les implications familiales. Sa logique : « Les conséquences peuvent être plus ou moins fortes. »
- Les parcours atypiques : Ce recruteur ne s’arrête pas au CV académique. Il privilégie ceux qui ont roulé leur bosse, connu divers métiers, et développent des capacités d’apprentissage. « Les autodidactes et ceux qui aiment le challenge ont déjà un point commun avec moi ! » plaisante-t-il, mentionnant son DGA cuisinier et son chef chocolatier ex-manutentionnaire.
- La préparation en amont : Pour s’assurer que les candidats comprennent la dynamique de l’entreprise, ils reçoivent, avant l’entretien, une demande de synthèse du projet ou un sujet précis, du type : « Nous avons 140 magasins, nous en voulons 250 dans trois ans. Quelle sera votre contribution au succès de l’entreprise ? »
Ces interrogations servent à jauger l’adaptabilité et la motivation. Fournier cherche des gens capables de suivre le rythme effréné d’une entreprise jeune en pleine croissance : « Il faut absorber une croissance chaque année, avoir de bonnes facultés d’adaptation, de résistance au travail et au stress. » Les profils « usés » par la vie ou par un poste précédent n’impressionnent guère notre PDG.
La fameuse question du trou dans le CV
Un passage éclair chez un employeur ou un trou de quelques mois inquiéteraient nombre de recruteurs. Pas Richard Fournier ! Lui, il creuse : « La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Les échecs peuvent être inspirants. C’est la capacité à rebondir et à se remettre en question que j’observe. » Les candidats mal à l’aise face à l’évocation de leurs bas ne récoltent pas ses faveurs.
Il n’attend pas des réponses formatées mais aime qu’on lui parle loyauté et intégrité, deux valeurs capitales à ses yeux. Il le clame haut et fort : « Je ne supporte pas l’idée que certains viennent travailler avec la boule au ventre. Quand on parle de nos valeurs, j’insiste : il faut toujours en discuter quand quelque chose ne va pas. Il y a toujours une porte de sortie. »
Savoir-être avant tout
Sur le fond, Richard Fournier mise sur le savoir-être. Il n’évalue pas les compétences techniques des métiers qu’il ne maîtrise pas : il laisse cette évaluation à ses équipes, préférant explorer, par la discussion autour des hobbies, la ténacité, le leadership, la capacité à fédérer et l’esprit d’équipe du candidat.
- Pas d’entretien trop structuré : il tutoie facilement, ne pose jamais deux fois la même question et s’assure de l’aise du candidat.
- En fin d’échange, il demande toujours : « Avez-vous des questions sur l’entreprise ou mon parcours ? » La réciprocité dans le désir de collaborer compte, autant que la volonté de grandir ensemble.
Son conseil implicite à tous les candidats : ayez toujours des questions à poser !
Morale de l’histoire ? Si vous rêvez de rejoindre une aventure gourmande et entrepreneuriale, préparez-vous à parler échecs comme succès, valeurs humaines avant tout, et prouvez votre envie de participer à une croissance effrénée mais collective. Peut-être que cette fameuse « question imparable » n’est autre que votre propre capacité à vous livrer sincèrement. Bonne chance… et n’oubliez pas de garder le sourire, même face à une montagne de chocolat !

Matteo Calteau est un auteur chevronné sur alloemploi.fr, un site dédié à l’emploi, à l’entrepreneuriat et au monde de l’entreprise. Il partage des conseils pointus et des analyses pratiques pour guider les professionnels dans leur carrière et leurs projets business. Passionné par le développement et la réussite professionnelle, il offre des contenus clairs et inspirants pour tous.
