Postuler à un emploi, c’est déjà un sport. Maintenant, avec l’aide de l’intelligence artificielle, c’est même devenu un sport de haut niveau… de triche ! À l’heure où décrocher un entretien ressemble à la montée de l’Everest avec des tongs, certains candidats n’hésitent plus à s’équiper d’IA pour grimper plus vite – quitte à faire grincer quelques dents dans les cabinets RH. Plongée dans le grand théâtre de l’embauche 2.0, où humains et robots se rendent coup pour coup.
Quand TikTok transforme les entretiens en scène de crime numérique
TikTok n’est plus seulement l’arène des chorégraphies improvisées : le réseau social pullule désormais de vidéos où des candidats rivalisent d’imagination pour optimiser leur passage devant un recruteur. L’une des mises en scène virales : un smartphone posé contre l’écran, avec la candidate qui (mine de rien) lit à l’abri des regards les réponses concoctées par ChatGPT pendant son entretien visio. Succès garanti, certains tutos de ce genre comptent plusieurs millions de vues !
Dans une vidéo du compte @applicationintel, un faux recruteur tente même de piéger une postulante en exigeant un partage d’écran pour vérifier la présence d’IA. En réalité, tout ceci n’est qu’une publicité bien ficelée… pour vendre une application permettant d’utiliser l’IA sans se faire prendre. Bienvenue dans le business du coup de pouce numérique façon hacker.
Entre peur de la fraude et marché de l’emploi saturé : à armes (presque) égales ?
Évidemment, les sociétés de ressources humaines crient à la « fraude à l’entretien ». Mais dans un marché saturé où, selon la Réserve fédérale, 13 % des entreprises de services new-yorkaises prévoyaient en septembre de réduire leurs effectifs (sans surprise au profit de l’IA), peut-on sincèrement reprocher aux candidats de se battre avec les mêmes armes ?
Le mal-être des chercheurs d’emploi va crescendo : en janvier, l’Observatoire de l’IA et du Futur de l’emploi estimait que 77 % des chômeurs français utilisaient déjà l’IA pour booster leur CV ou préparer leur entretien. Il faut dire que les employeurs, eux, ne sont pas en reste : algorithmes pour trier les candidatures, RH assaillis de dossiers ficelés par des outils virtuels puis, cerise sur le gâteau, premières vagues d’entretiens désormais menées… par des agents IA !
- Algorithmes pour filtrer les CV
- Candidatures générées par des outils numériques
- Premiers entretiens menés par IA dans certaines entreprises américaines
Le business de la triche sous algorithme : quand l’IA souffle les réponses
La demande explose et l’offre suit : sur TikTok, on trouve (encore !) LockedIn AI, qui propose des tutoriels pour « réussir n’importe quel entretien ». Le conseil de Kazuyoshi Fujimoto, expert au sein de l’entreprise : miser sur Final Round AI, un outil capable d’écouter l’entretien en direct et de souffler les réponses, tout ça sans même sourciller. La version basique est gratuite, mais pour la totale discrétion, il faut débourser 96 dollars (soit environ 83 euros). Pas de panique : l’option permet même de masquer l’application lors d’un partage d’écran. Autant dire que la tricherie algorithmique a de beaux jours devant elle.
Pour certains jeunes diplômés, c’est presque devenu un jeu : utiliser l’IA, c’est aussi révéler une forme de désenchantement face à des postes décrits, avec la verve de l’anthropologue David Graeber, comme « bullshit jobs ». Sur le web, on parle maintenant « d’emplois e-mail », comprendre : on fournit un effort déconnecté de tout réel résultat ou motivation.
Dans cet état d’esprit, décrocher un poste revient à jouer la pièce attendue : plus qu’un candidat, on campe le rôle calibré pour séduire… un algorithme ! Et tant qu’on y est, pourquoi se priver d’une aide un peu robotisée ? Après tout, survivre à la jungle du recrutement demande toutes les armes, réelles ou virtuelles.
Des recrutements IA de plus en plus à la mode
La tendance prend de l’ampleur. Selon le Wall Street Journal en août dernier, l’IA pousserait même certains géants comme Cisco ou McKinsey à exiger une vraie rencontre physique au moins une fois avec les candidats, histoire que le numérique ne fasse pas tout le job (ni toute la comédie).
Mais le plus surprenant reste à venir : selon une étude de Brian Jabarian (Université de Chicago) et Luca Henkel (Université de Rotterdam), passer un entretien d’embauche avec une IA augmente de 12 % les chances de recevoir une offre, et de 18 % celles de prendre effectivement ses fonctions, comparé à un recrutement classique. Donnez le choix aux candidats entre l’IA et un RH ? 78 % vont droit sur l’algorithme ! Comme quoi, que l’on soit du côté employeur ou candidat, impossible aujourd’hui d’échapper à la vague IA.
Conclusion : Acteur ou spectateur du grand cirque de l’embauche, chacun compose à sa façon avec la révolution IA. Alors, à défaut de tricher, apprenez au moins à jouer votre rôle… quitte à improviser avec ou sans script numérique !

Matteo Calteau est un auteur chevronné sur alloemploi.fr, un site dédié à l’emploi, à l’entrepreneuriat et au monde de l’entreprise. Il partage des conseils pointus et des analyses pratiques pour guider les professionnels dans leur carrière et leurs projets business. Passionné par le développement et la réussite professionnelle, il offre des contenus clairs et inspirants pour tous.
