L’argent ne fait peut-être pas le bonheur, mais dans le monde du travail, il peut sérieusement compliquer les recrutements… Surtout quand la question du salaire est abordée trop tard. Et si la solution tenait à oser parler euros (ou centimes, pour les plus timides) dès l’entretien ?
Un marché de l’emploi cadre en pleine mutation
Fini le temps de l’euphorie sur le marché de l’emploi des cadres : la dynamique s’est essoufflée par rapport à l’année dernière. Les entreprises, plus prudentes, n’hésitent désormais plus à repousser – voire annuler – des recrutements si les prétentions salariales leur paraissent exagérées. Appuyer sur pause plutôt que desserrer les cordons de la bourse, tel semble être le mot d’ordre.
Coralie Rachet, directrice générale des cabinets Robert Walters et Walters People France, l’affirme elle-même : « Il nous arrivait de plus en plus souvent d’aller jusqu’à la fin du processus de recrutement et de ne pas réussir à mettre l’entreprise et le candidat d’accord sur la rémunération. »
Quand le salaire devient le caillou dans la chaussure
Le point d’achoppement ? La fiche de paie, pardi ! Plusieurs scénarios s’enchaînent :
- La proposition salariale émane enfin de l’entreprise. Déception du candidat, qui préfère claquer la porte discrètement (ou bruyamment, selon le style).
- Ou au contraire, l’entreprise prend note des prétentions jugées délirantes du candidat, fait un joli nœud à son CV et passe au suivant.
Afin d’éviter de faire perdre leur temps à tout le monde, certains cabinets de recrutement, dont celui de Coralie Rachet, ont donc instauré une nouvelle règle : discuter des questions pécuniaires dès le second entretien. L’objectif ? Filtrer les profils qui, de toute façon, ne rentreraient pas dans les grilles salariales du client. Pratique, non ?
Débattre du salaire : un tabou ou une stratégie gagnante ?
Si plus d’un cadre sur deux envisage de changer de poste principalement pour des raisons de rémunération, cette question reste paradoxalement épineuse à aborder. Les avis divergent :
- Certains racontent, non sans une pointe de sarcasme, que lorsqu’un candidat met d’emblée sur la table la question du salaire et des avantages, cela trahirait son incompétence, une conscience aiguë de ses limites, et annoncerait une carrière stagnante (voire une sortie express lors d’une prochaine charrette).
- Pour d’autres, la négociation salariale, c’est le Far West : certains managers de transition, par exemple, multiplient le salaire par trois en changeant de statut. On gagne en six mois ce qu’on aurait gagné en 18 comme salarié pour la même mission… et sans jamais vraiment faire partie de la famille.
- Une autre expérience, un brin ironique, mentionne que plus le salaire proposé est élevé par rapport au marché, moins il y a de travail à fournir. Du vécu : congés à rallonge, horaires confortables…
Entre perception d’arrogance, chasse à la bonne affaire et marché de l’emploi plus tendu, difficile de trouver l’équilibre subtil !
Le mot de la fin : pour éviter la fausse note, osez la franchise !
Le marché n’est plus à la folie des grandeurs : aujourd’hui, les entreprises préfèrent restreindre les recrutements que d’accepter à contrecœur des hausses salariales jugées injustifiées. L’épreuve du feu, c’est la discussion sur le salaire – il faut donc s’y préparer, l’assumer, et surtout, la placer au bon moment. Concentrer les attentes en amont permet d’éviter les déceptions en cascade et de libérer du temps… pour tout le monde.
En résumé, si la rémunération est votre principal moteur – sans jugement, c’est le cas d’une majorité de cadres – méfiez-vous : sur un marché où « tout le monde est facilement remplaçable », mieux vaut jouer la carte de la transparence plutôt que de prétendre que l’argent n’a pas d’importance… tout en croisant les doigts sous la table. Parler salaire, c’est peut-être tabou, mais c’est surtout stratégique.