“Restez là où vous êtes” : ces cadres enfermés par leur salaire trop élevé

“Restez là où vous êtes” : ces cadres enfermés par leur salaire trop élevé
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Gagner (trop) bien sa vie avant 40 ans : le rêve, vraiment ? Pour certains jeunes cadres, le salaire élevé est devenu… la nouvelle prison dorée. Entre envie d’ailleurs, plafonnement et peur de tout casser, plongée dans les méandres de ces carrières coincées en haut de la grille !

Quand le salaire devient une cage dorée : le revers inattendu de l’ascension

Adel, 29 ans, respire la réussite : entre 80 et 90 000 euros par an, c’est très au-dessus de la moyenne pour son âge et son niveau d’expérience. Pourtant, il confie : « Ce salaire est devenu un frein ». Son parcours fulgurant chez une start-up de la mobilité électrique l’a propulsé au sommet… pour mieux le piéger ensuite. Aujourd’hui, impossible de bouger : « À poste équivalent, je suis trop cher. Les recruteurs me disent souvent : ‘Restez là où vous êtes, vous êtes très bien payé.’ Mais moi j’ai envie de bouger ! »

Olivia Jacob, senior manager au cabinet Robert Walters, voit là un effet post-Covid typique, surtout dans la tech, le conseil, la finance ou l’IT : « Les salaires ont grimpé très vite pour retenir les profils. » Résultat : certains cadres se retrouvent avec une rémunération totalement décorrélée du marché.

Télétravail, province, expatriation : la prison se referme partout !

Le phénomène ne s’arrête pas à Paris. Arnault, ex-manager de région parisienne, fraîchement arrivé à Bordeaux, le constate à ses dépens : « Impossible de retrouver ici un poste équivalent sans perdre 20 ou 30 % de mon salaire. » Le télétravail a parfois permis de négocier des packages parisiens tout en s’installant en province… mais voilà, la réalité locale rattrape vite.

Et pour les expatriés, même combat : revenir en France suppose souvent un arbitrage douloureux. Olivia Jacob raconte l’histoire d’un cadre à l’étranger, payé « hors marché » français. Lui était prêt à sacrifier le financier pour un projet personnel, familial, mais pas sûr que tout le monde assume aussi facilement de voir son bulletin de paie fondre à l’arrivée.

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Plafond de verre… doré ! Quand la carrière s’essouffle

Côté entreprise, ce n’est pas toujours plus simple. Sophie, ex-responsable RH dans un grand groupe industriel, a vécu le scénario classique : « Quinze ans de carrière, une évolution constante, un salaire en or… et puis j’ai fini par plafonner en haut de la grille. » Beaucoup d’entreprises ne peuvent plus augmenter leurs salariés et tentent de les retenir avec des rôles hybrides, quelques avantages en plus – mais, il faut bien l’avouer : à un moment, ça coince !

Claude d’Estais, coach en mobilité et ancienne RH, prévient : si on n’apprend plus rien dans son poste, si l’entreprise perd de son aura (souvent le risque avec la mode des start-up qui, aujourd’hui étoilées, pourraient demain perdre leur lustre), votre valeur sur le marché risque fort de s’éroder…

Que faire alors ? Plusieurs pistes existent :

  • Accepter un trade-off : travailler un peu moins, gagner un peu moins
  • Demander une formation pour remettre du piquant
  • Négocier une rupture conventionnelle, préparer une reconversion ou un projet entrepreneurial

« Beaucoup quittent leur cage dorée pour privilégier le sens au salaire », observe la coach.

Briser ses chaînes sans y laisser sa chemise ?

Changer n’est pas forcément synonyme de dégringolade. Thomas, 35 ans, informaticien en cybersécurité, en est témoin : expert maison trop précieux pour être lâché, il se sentait pourtant tourner en rond. Il saute le pas et accepte un poste 30 % moins bien payé dans une start-up. « C’était dur de renoncer à ce confort, mais j’ai retrouvé le goût de la technique… Baisser un peu son salaire, ce n’est pas régresser, c’est se redonner de la marge. » Deux ans plus tard, Thomas est à nouveau très bien payé.

Sophie, la DRH, elle aussi a pris des risques : deux ados, un crédit, mais elle dégraisse de 25 % son salaire pour intégrer une PME. « Je me suis un peu serré la ceinture mais j’ai retrouvé de l’autonomie, du sens. Aujourd’hui, on me propose même des postes alignés avec mes ambitions ! »

Évidemment, tout le monde n’a pas la même latitude. Adel en sait quelque chose : pas question pour lui, qui vient d’acheter un appartement, de sacrifier son confort de vie. Dans son équipe, nombreux sont ceux qui, faute de perspective, préfèrent attendre un rachat de la start-up. Avec un (gros) chèque à la clé, espère-t-il – autant que la chance tourne !

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Pour s’extraire en douceur de la nasse, Claude d’Estais préconise l’introspection : « Demandez-vous ce que représente ce salaire pour vous : prestige, reconnaissance, sécurité ? Tant qu’on n’est pas clair avec soi-même, difficile d’être crédible en entretien. »

  • Oublier un bonus, une voiture, un variable pour rassurer le recruteur
  • Négocier des congés, plus d’équilibre, ou des avantages long terme
  • Mettre en avant le sens, l’intérêt du poste… plutôt que d’accepter une baisse frontale

Changer de perspective : c’est en misant sur le projet plutôt que sur le salaire que les cadres négocient le mieux leur sortie. Pas question de dire qu’on se « dévalorise », insiste Olivia Jacob. Préférez expliquer que vous privilégiez un rôle stratégique, une meilleure qualité de vie ou un secteur plus motivant – voilà qui sonne bien plus comme un choix que comme une punition.

N’oubliez pas : négocier dépend toujours de sa marge personnelle. Quand on a des enfants, un crédit, on n’a pas les coudées aussi franches qu’un célibataire.

En résumé : la cage dorée, c’est beau, mais ça peut rouiller vite ! Osez vous questionner, préparez vos arguments, et qui sait ? Peut-être que la prochaine porte de sortie sera celle d’une nouvelle aventure plus grisante que la précédente !

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