Changer de vie à 38 ans pour se lancer dans l’élevage ou l’agriculture ? Certains l’ont fait et le moins que l’on puisse dire, c’est que leur nouveau quotidien risque bien de casser vos idées reçues… et probablement d’éveiller quelques envies ! Entre l’appel du grand air, les rêves de fromages faits maison, et la quête de sens, suivez le parcours de femmes et d’hommes qui prouvent qu’il n’est jamais trop tard pour écrire un scénario digne d’un film rural, à la fourche près.
Un virage à 180° : du bureau à la chèvrerie
Il y a seulement quatre ans, Mélanie Canivet était aide-soignante et Aurélien Rivet responsable commercial. Rien, absolument rien, ne prédestinait leur famille à l’agriculture. Si ce n’est une envie commune de changement et cette volonté d’être réunis autour d’un projet familial. Direction le May-sur-Èvre, dans le Maine-et-Loire, où le duo élève désormais 140 chèvres dans leur propre chèvrerie.
Aurélien, la fourche à la main (exit les tableaux Excel, bonjour le crottin !), le dit franchement : « Aujourd’hui, c’est notre travail et c’est notre projet familial. » Mélanie l’avoue aussi, un sourire dans la voix : « L’agriculture nous a toujours attirés tous les deux. On voulait vraiment fabriquer des fromages. Les chèvres ? Parce qu’on n’est pas issus du milieu agricole et que c’est un animal assez petit, assez humain. Le caractère de la chèvre nous correspond beaucoup. »
Un succès laitier et une nouvelle génération motivée
Désormais, le couple transforme 70 000 litres de lait chaque année, en yaourts et fromages. Un succès déjà au rendez-vous : la deuxième salariée n’est plus un rêve lointain, c’est un projet. Mélanie rappelle que leur ferme était condamnée à s’arrêter. Choisir cette vie, c’est aussi accepter le défi de la faire perdurer.
- Mélanie et Aurélien : une reconversion familiale réussie
- 140 chèvres heureuses… et productives !
- Valorisation directe du lait : fromages, yaourts, et bientôt plus encore
À leurs côtés, Lilou, stagiaire en BTS agronomie. Fille et petite-fille de non-agriculteurs, elle aussi veut s’installer, rassurée par ce qu’elle observe : « J’ai côtoyé pas mal d’agriculteurs et je vois que c’est tout à fait faisable. »
À Montjean, place au rêve d’enfance… version cochons
Quelques kilomètres plus loin, c’est dans l’élevage porcin qu’Étienne Dalibard s’est lancé. Son histoire ? Typique, mais avec sa touche d’audace. Fils de bouchers, il rachète une exploitation vouée à disparaître, délaissée par les héritiers originaires : « Tout petit, je voulais être agriculteur, je voulais être fermier. »
La marche fut haute : 700 000 euros d’investissements pour lancer l’aventure. Aujourd’hui, il doit vendre son kilo de porc 1,80 euro pour équilibrer les comptes, alors qu’il plafonnait à 1,30 euro il y a quatre ans. Il n’y arrive pas encore, mais il tient le cap, porté par la passion – et l’aide de Maylis, elle aussi issue d’une famille sans tradition agricole (« une famille de routiers » !). Elle assure aimer les animaux « depuis toute petite » et confie que ce métier est une vocation : « Ce n’est pas nous qui choisissons, c’est lui qui nous choisit. »
Entre crise et espoir : la relève agricole s’organise
L’enjeu est colossal : dans dix ans, un agriculteur sur deux sera parti à la retraite. Direction l’AgriCampus de Laval, où fourmillent jeunes diplômés et adultes en reconversion. Chaque année, des centaines de néoruraux se forment – et majoritairement, ils n’ont rien à voir avec le monde agricole d’origine.
Sarah, ancienne militaire (17 ans dans l’armée de l’air et de l’espace en tant qu’officier mécanicien), y rêve de chèvres et cherche une ferme à acheter, même si elle sait : « La principale difficulté, quand on n’a pas de famille installée, c’est de trouver des terres. »
Patrice, routier, vise quant à lui l’élevage de vaches laitières. Maïwenn, 18 ans, élue meilleure bergère des Pays de la Loire, ambitionne 500 à 700 brebis : « Seulement 40% de la production ovine française vient d’ici, le reste est importé. Il y a donc de la place pour s’installer ! » Un constat qui dépasse l’élevage : en France, on ne produit qu’un poulet sur deux, ou un légume sur deux consommé.
Dans le Maine-et-Loire, chaque année, de 100 à 150 fermes sont à reprendre. La relève n’a donc jamais été aussi indispensable… et décidée !
Dans les champs ou les étables, la nouvelle vie de ces trentenaires et quadragénaires inspire : changer de cap n’est pas un rêve inaccessible. Si vous rêvez d’air frais et de fromages maison, il ne tient qu’à vous d’oser la fourche, la vraie !