Imaginez-vous décrocher enfin un entretien… mais au bout du fil, ce n’est pas un recruteur humain qui vous attend, mais une intelligence artificielle tout sourire nommée Adèle. Oui, une IA qui vous sonde, vous évalue, et décide si vous irez plus loin ! Plus qu’un scénario de science-fiction, c’est le quotidien de plus en plus d’entreprises françaises. Prêt à découvrir à quoi ressemble une première rencontre avec une IA RH ?
L’IA s’invite au recrutement : le cas d’Adèle
Les entreprises accélèrent le recours à l’intelligence artificielle dans leurs processus de recrutement. On connaissait déjà les logiciels dédiés au tri automatisé des CV, véritables raboteurs de piles de candidatures. Mais voilà qu’un pas de plus vient d’être franchi : désormais, des IA vocales, à l’image d’Adèle, sont capables de s’entretenir oralement avec les candidats, tout ça par téléphone !
Sarah Lemoine a accepté de jouer les cobayes pour tester Adèle sur le marché de l’emploi. Pour l’expérience, elle a repéré une offre de vendeuse, entré son numéro de téléphone, et, quelques secondes à peine plus tard… le téléphone sonne. C’est Adèle, l’agent conversationnel, à la voix franchement dynamique, qui lance la discussion.
Un entretien… mais sans humains !
D’un ton enjoué, Adèle commence par demander à Sarah de raconter une expérience où elle a conseillé un client et conclu une vente. Petite difficulté : Sarah n’a, en réalité, aucune expérience dans la vente. Elle l’avoue aussitôt à Adèle.
Mais surprise ! Plutôt que de zapper directement à la question suivante comme un banal questionnaire à choix multiples, Adèle réagit. L’IA note l’absence d’expérience, manifeste un certain intérêt et creuse un peu plus loin. Sarah décide alors de jouer le tout pour le tout. Elle s’essaye, pas franchement sereine, à vanter son grand sens de l’écoute, son relationnel réputé (dans la famille au moins), et son art de la persuasion. Adèle rebondit, toujours sans jugement, mais avec méthode.
- Entretien rapide : en moins de trois minutes (mais pouvant aller jusqu’à sept dans d’autres cas), le dialogue est bouclé.
- Réactivité instantanée : à peine l’appel terminé, Sarah reçoit par mail un compte rendu écrit, accompagné d’une note représentant le niveau de correspondance avec les besoins du poste.
Là encore, la technologie ne traîne pas : le feedback est immédiat et… mitigé. Enthousiasme reconnu, capacité à approcher les clients relevée… mais manque d’expérience pointé du doigt. Quant à sa proposition salariale de 2 000 euros, Adèle s’empresse de préciser que, pour un débutant, c’est plus que gourmand au vu des normes du marché. En résumé, pas suffisant pour que l’employeur veuille poursuivre, sauf miracle ou pénurie soudaine de vendeurs motivés.
Déjà adoptée par 150 entreprises (et même une mairie)
Adèle n’est pas un simple gadget pour start-up en mal de nouveauté. Commercialisée depuis six mois par la société ALLinOne, elle aurait séduit déjà 150 entreprises, d’après Jérémy Duris, son fondateur. Parmi ces clients, la mairie de Megève en Haute-Savoie sert de terrain d’expérimentation pour embaucher un assistant administratif.
Petite plongée dans les chiffres : 113 candidats ont envoyé leur CV. Après une première sélection mêlant robots scrutateurs et recruteurs humains, Adèle a pris le relais auprès de 27 candidats, leur faisant passer des mini-entretiens ciblés sur des compétences techniques et des bases de comptabilité.
À la clé ?
- Un filtrage précis et plus objectif
- La possibilité de faire le tri sur des critères concrets (compétences en bureautique, notions en comptabilité, etc.)
Afaf Lombard, responsable des ressources humaines, l’assure : le but est de réduire le nombre de candidats à trois, voire quatre, pour de véritables entretiens en face à face. Une optimisation bienvenue pour les managers qui, de leur propre aveu, y gagnent de précieuses heures.
Si l’essai est concluant, la mairie de Megève envisage de généraliser l’outil à tous ses recrutements futurs. L’air de rien, la machine semble trouver sa place sans (trop de) protestations.
L’entretien du futur… ou déjà du présent ?
Le temps où l’on pouvait compter uniquement sur son sourire ou sur le “feeling” du face-à-face est-il révolu ? Une chose est sûre : l’intelligence artificielle ne se contente plus de trier nos CV. Elle peut désormais dialoguer, évaluer nos réponses, détecter nos hésitations et recaler poliment les moins convaincants. Mais, point positif, feedback et conseils arrivent dans la foulée. À vous, futurs candidats, d’ajuster vos arguments et, si nécessaire, de passer par la case formation. Et si, à la prochaine tentative, ce n’était pas Adèle qui décroche, mais un vrai humain ? Mystère de l’ère numérique…