Imaginez : vous êtes en plein entretien d’embauche, sourire impeccable, CV prêt à dégainer, et soudain… vous sentez comme un léger flottement. L’ambiance se rafraîchit, on vous pose des questions plus prudentes, moins de relances. C’est là que l’erreur fatale se joue – ou pas. Car à trop vouloir briller par l’originalité ou l’engagement, on risque parfois de heurter la sensibilité de son interlocuteur. Pourtant, bien géré, l’engagement associatif peut faire toute la différence. Décryptage de ces petits moments où tout bascule…
De l’importance de l’engagement associatif : plus qu’une ligne sur le CV
Thomas, 27 ans, chef de projet digital dans une agence de publicité, en est la preuve vivante. Il raconte : « Une fois embauché, mon manager m’a avoué que mon engagement associatif avait fait la différence face à des profils très similaires au mien. Il y voyait la preuve d’une vraie capacité à m’investir et à prendre des responsabilités. » Lors de son entretien, il n’a pas hésité à aborder son implication auprès d’une association d’aide aux jeunes décrocheurs scolaires. « Le sujet me tenait à cœur et j’ai senti que le recruteur était réceptif. Il m’a surtout interrogé sur ce que cela m’avait appris. »
Cette démarche, Laurent Da Silva, directeur général du cabinet de conseil en recrutement et management de transition Chaberton, la recommande vivement. Selon lui, aujourd’hui, « ce qui compte, ce sont les soft skills et la personnalité. Prendre part à une activité associative, qu’elle soit culturelle, sportive, sociale ou environnementale, en dit long sur les valeurs d’un candidat. »
Les recruteurs, les indices, et la fameuse pièce du puzzle
Rassurez-vous : l’expérience associative n’est ni un critère formel, ni un passage obligé lors de l’entretien. Mais selon Laurent Da Silva, elle peut « enrichir la lecture d’un profil » et « compléter un parcours professionnel, une posture, des motivations. » Bref, un indice de plus dans le grand puzzle de votre personnalité.
Mais alors, que trouvent les recruteurs dans ces expériences associatives ? Entre autres :
- Une ouverture d’esprit et une curiosité saluées ;
- La preuve d’un intérêt pour les autres ;
- Cette fameuse « vie en dehors du travail » que l’on croit souvent incompatible avec la vie pro…
En pratique, on développe aussi des compétences concrètes : gestion de projet, organisation d’événements, recherche de financements, parfois même management. Et selon Da Silva, il ne faut surtout pas hésiter à les afficher dans son CV… à condition d’expliquer ce que cela apporte précisément à l’entreprise visée. Thomas, encore lui, l’a bien compris : « Je ne me suis pas contenté de parler de la mission de l’association. J’ai expliqué en quoi cette expérience pouvait être utile dans le poste que je visais. »
Attention, tous les engagements ne font pas le même effet…
Claire Romanet, fondatrice du cabinet de recrutement Elaee, abonde : « Nous recrutons notamment pour des ONG internationales. Dans ce cas-là, un engagement associatif nous intéresse beaucoup. Il donne lieu à des questions très précises : d’où vient l’idée, pourquoi cette association et pas une autre, le temps imparti, ce que cela apporte, etc. »
Mais voilà : l’engagement n’a pas la même valeur aux yeux de tous. Claire Romanet le rappelle : « La personne, l’équipe ou l’entreprise n’aura peut-être pas la même sensibilité que le candidat. » D’où l’intérêt, selon elle, de bien préparer son discours : aborder les sujets jugés sensibles avec bon sens, sans prosélytisme ni détails superflus.
Ainsi, certains sujets – identité sexuelle, opinions politiques, activités syndicales, convictions religieuses – peuvent déstabiliser, ou tomber sur un terrain légalement glissant. Romanet se souvient d’une jeune militante pour les droits LGBTI, qui annonçait d’emblée son engagement : « Elle était fière de l’être et m’a signifié que cela faisait partie intégrante de son dossier de candidature. Sa démarche m’a paru courageuse même si je trouve dommage qu’elle se soit sentie obligée de s’expliquer. »
Ce fameux « léger flottement » : quand l’engagement fait tiquer
Sandrine, candidate à un poste d’acheteur automobile, a vécu ce fameux malaise. Par souci de transparence, elle évoque son implication dans une association militante pour la défense des droits des femmes : « J’ai senti un léger flottement, moins de relances, des questions plus prudentes. J’ai eu le sentiment que cela a joué contre moi. »
Laurent Da Silva s’étonne : « C’est un secteur qui a besoin de se féminiser. Peut-être est-elle tombée sur le mauvais interlocuteur. » Prudence donc : si votre engagement entre directement en conflit avec l’activité ou les intérêts de l’entreprise, « il faut alors s’attendre à être challengé. Mieux vaut être très préparé ou rester plus discret », prévient-il.
Au final, la meilleure stratégie selon les experts ?
- Être authentique et aligné avec ce que l’on est ;
- Ne pas chercher à se présenter selon ce que le recruteur attend ;
- Éviter la fausse note d’un profil trop lisse… qui finit toujours par jouer des mauvais tours !
Conseil d’ami en conclusion : préparez soigneusement votre argumentaire, sachez doser votre transparence, mais ne trahissez jamais vos valeurs pour un poste. Après tout, personne n’a envie d’être sélectionné pour un rôle qui ne lui ressemble pas !