Mentir sur son CV : peut-on vraiment être licencié si l’employeur le découvre ?

Mentir sur son CV : peut-on vraiment être licencié si l’employeur le découvre ?
Mentir sur son CV

Qui n’a jamais été tenté de lisser un peu les contours de son parcours pour décrocher un poste convoité ? Une expérience prolongée d’un an ou deux, un diplôme valorisé alors qu’on a suivi « seulement quelques cours »… Sur le moment, cela peut sembler inoffensif, surtout si l’employeur ne pose pas de questions. Mais que se passe-t-il si, plus tard, le pot aux roses est découvert ? Le mensonge sur un CV peut-il vous coûter votre place ? La réponse, comme souvent en droit, dépend de plusieurs éléments.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le Code du travail ne dit rien de précis sur ce sujet. Pour y voir plus clair, il faut se tourner vers le Code civil, puisque le contrat de travail est, au fond, un contrat comme un autre. Et ce contrat doit être établi sur une base de confiance réciproque. Si l’employeur a été trompé volontairement sur un élément fondamental, il peut, en théorie, parler de « dol » – autrement dit, de tromperie intentionnelle. Mais tout ne se joue pas si simplement.

Deux conditions pour envisager un licenciement

D’après Anne Leleu-Eté, avocate spécialisée en droit du travail, pour qu’un mensonge sur le CV mène à un licenciement, deux conditions doivent être réunies.

Premièrement, il faut que l’intention de tromper soit manifeste. Autrement dit, le candidat a sciemment menti pour améliorer son profil. Exemple courant : déclarer un diplôme non obtenu ou faire passer un stage de quelques mois pour plusieurs années d’expérience. C’est ce que la jurisprudence considère comme une « manœuvre frauduleuse ». Mais cela ne suffit pas à lui seul.

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Deuxièmement, encore faut-il que le mensonge porte sur un élément déterminant du recrutement. Par exemple, si le poste exige explicitement un diplôme d’ingénieur, et que vous l’inventez, l’employeur pourra démontrer que cette qualification était un critère essentiel. À l’inverse, s’il ne vous l’a jamais demandé ou s’est contenté de vous croire sur parole, cela complique sa position s’il souhaite engager une procédure de licenciement.

Un devoir de vigilance partagé

En réalité, cette affaire de mensonge est aussi une question de rigueur du côté de l’employeur. S’il affiche des exigences précises (diplôme, expérience…), il lui revient aussi de les vérifier. Car une entreprise qui ne demande jamais de justificatifs, ni lors de l’entretien, ni après l’embauche, aura plus de mal à démontrer que le salarié a obtenu son poste uniquement grâce à une fausse déclaration.

Alors oui, enjoliver son CV peut passer inaperçu. Mais si le faux pas est découvert – et qu’il est jugé déterminant – il peut bel et bien servir de fondement à une rupture du contrat, avec toutes les conséquences que cela implique. Et dans un monde où les parcours professionnels sont de plus en plus scrutés, mieux vaut miser sur l’honnêteté que sur une imposture à double tranchant.

En clair ? Mieux vaut expliquer une lacune avec intelligence que de prendre le risque de la masquer. Parce qu’en matière de recrutement, la transparence finit toujours par se révéler payante.

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