Imaginez-vous en train de préparer soigneusement votre entretien d’embauche, les mains moites, le cœur battant un peu trop fort… et de vous retrouver soudain face à une intelligence artificielle à la voix synthétique, qui vous questionne avec la neutralité d’un robot. Rassurant ? Pas vraiment, diront certains, mais de plus en plus réel !
Quand l’IA s’invite à votre entretien
Fin juin, Lumier Rodriguez a vécu cette expérience déroutante. Elle a passé quatre entretiens, au téléphone et en visioconférence, avec des intelligences artificielles. « J’ai eu l’impression d’un rendez-vous à l’aveugle sans assez d’informations », témoigne-t-elle. Pas question de raccrocher impoliment : on veut bien faire, mais la sensation de se trouver coincée n’a pas tardé à s’installer. Avec les progrès fulgurants des grands modèles de langage, de plus en plus d’entreprises de recrutement sautent le pas.
Pourquoi cet appétit soudain pour les recruteurs virtuels ? Très simple : ces IA peuvent répondre à chaque candidature, mener des entretiens à toute heure du jour ou de la nuit (parce qu’un robot ne dort jamais) et surtout, trier les profils pour dégoter les meilleurs. D’après la Society for Human Resource Management, la tendance est nette. Sur LinkedIn, l’explosion des candidatures – 30 % de hausse en deux ans ! – est attribuée notamment à l’IA, qui permet de personnaliser CV et lettres de motivation à la chaîne. Pour faire face à ce raz-de-marée de profils, beaucoup d’entreprises adoptent la sélection automatisée et, donc, des recruteurs virtuels.
Des robots au protocole bien huilé
Passer un entretien avec une IA, ce n’est pas l’anarchie. Tout commence par une information au candidat, puis un lien vers l’entretien ou une proposition de rendez-vous. Les sessions ? Quelques minutes pour les plus pressés, jusqu’à vingt minutes pour les plus bavards ou courageux. Les questions fusent, parfois très techniques, parfois scénarisées, et attention : si vous n’êtes pas dans les clous, l’entretien peut être interrompu. Rigueur, efficacité… et petite dose d’arbitraire déshumanisant parfois ?
Il existe différents agents virtuels baptisés Jamie, Robin, Angel, ou encore Raya – plus humain que « Serveur102 », convenons-en. Certains acceptent de répondre à vos questions, mais leurs capacités restent limitées. Adam Samples, président des solutions talent chez Atrium, le dit lui-même : « La meilleure description d’Angel est une technologie 24h sur 24, 7 jours sur 7 et 365 jours dans l’année qui augmente les efforts de recrutement de notre capital humain. Elle ne prend pas les décisions d’embauche, qui reviennent à l’équipe RH. » Ouf, l’humain garde donc un mot à dire, même si le triage initial est robotisé.
Candidats : entre frustration et adaptation
Tous les candidats ne repartent pas ravis après l’expérience. Au menu : coupures intempestives, manque de personnalisation, ou pire, des réponses totalement à côté de la plaque. Jen Glaser, conceptrice pédagogique, a tenté de joindre un interlocuteur humain durant l’entretien. Refus catégorique de l’agent virtuel, qui exige d’aller jusqu’au bout. Résultat ? « J’ai abandonné parce que je n’arrivais pas à joindre un humain », confie-t-elle. Nisha Kochal, data scientist, a noté que son IA-recruteur la coupait dès qu’elle s’étendait et laissait, après ses brèves réponses, des silences gênants. Ambiance !
Certaines IA, comme Raya d’Akraya, évaluent et classent les candidats sur des critères fixés par l’employeur, puis passent le relais aux vrais recruteurs qui épluchent classements, résumés, transcriptions et enregistrements vidéo. Petite prouesse de Raya : détecter si le candidat lit son texte à l’écran grâce au suivi des yeux. Amar Panchal, dirigeant d’Akraya, défend ces outils : « La qualité des entretiens s’est améliorée. Vous passez un entretien avec un expert, alors parlez comme tel. »
Entre gains et nouveaux réflexes
Heureusement, tout n’est pas gris dans l’univers des entretiens avec machines. Tiffany Keller, cheffe d’une société de formation au Texas, avoue avoir été surprise, mais satisfaite : « Cela vous fait réfléchir avec vos instincts basés sur vos connaissances. » L’expérience l’a même rendue plus attentive à son langage, soucieuse d’être polie et de prendre le temps de formuler ses réponses. Si l’IA impose de nouveaux codes, elle nous oblige aussi à peaufiner nos réponses – et à garder la tête froide !
Les experts, quant à eux, ont un message clair pour les futurs candidats à l’embauche IA : montrez vos compétences, mais restez vous-même. Les entreprises qui utilisent ce type d’entretien l’indiquent d’ailleurs en général sur leurs annonces ou leur site web.
Un conseil, donc ? Préparez-vous, soyez authentique, et surtout… n’essayez pas de tricher sur vos réponses : certains robots ont désormais l’œil (et même les yeux !) pour déceler les petits malins.

Matteo Calteau est un auteur chevronné sur alloemploi.fr, un site dédié à l’emploi, à l’entrepreneuriat et au monde de l’entreprise. Il partage des conseils pointus et des analyses pratiques pour guider les professionnels dans leur carrière et leurs projets business. Passionné par le développement et la réussite professionnelle, il offre des contenus clairs et inspirants pour tous.
