« Tu fais quoi dans la vie ? » Derrière cette question innocente se cache tout un univers d’attentes sociales, de valeurs et… de sacrifices. Et si, refuser de sacrifier sa vie au travail était le choix qui dérange tout le monde ? Quelle hérésie ! Mais au fait, pourquoi refuser d’en faire sa mission serait-il suspect ? C’est la question que pose la philosophe Céline Marty, et elle n’a pas peur de venir bousculer nos certitudes sur le boulot.
Un système qui fait du travail un pilier de la vie
Pour comprendre pourquoi le travail est érigé en valeur sacrée, il faut regarder du côté de notre système de protection sociale. Celui-ci est conçu autour de l’idée d’un emploi rémunéré à temps plein pendant 40 ans. Autrement dit : bienvenue à bord, vous signerez pour plusieurs décennies, merci et au revoir à votre temps libre ! On nous fait rapidement savoir que nous devrons consacrer l’essentiel de notre vie à travailler.
À partir de là, toutes sortes de promesses s’enchaînent autour du travail :
- Il serait le grand vecteur de sociabilité.
- Il incarnerait nos valeurs et notre identité.
- Il serait censé nous permettre de trouver notre passion (la fameuse carrière rêvée, qui donnerait du sens à toute notre existence).
Pas étonnant alors que l’on nous transmette, dès le plus jeune âge, ces enjeux existentiels, moraux et sociaux liés au travail. Difficile, dans ces conditions, de s’en défaire : on a intégré très tôt que ne pas travailler dur pouvait être mal vu…
Travailler moins : la révolution silencieuse
On pourrait croire que vouloir « travailler moins », c’est simplement choisir des horaires flexibles, ou s’octroyer un jour de télétravail par-ci par-là. Mais, selon Céline Marty, l’idée va bien plus loin. Il s’agit également de vouloir ralentir, de diminuer sa charge de travail et de ne plus courir après la productivité ultime.
Seulement voilà, dans certains milieux – notamment celui du soin à la personne – ce choix pose problème. Ne pas vouloir se sacrifier dans son travail ?Hérésie ! On risque vite d’être mis de côté. Pourtant, résister à la tentation de tout donner au boulot ne fait pas de nous de « mauvaises » personnes. Mais il faut croire que c’est vécu comme une entorse grave à la règle collective…
Du malaise moral… à la sanction concrète
Pourquoi ce choix de travailler moins dérange-t-il autant ? C’est une rupture morale avec les codes de notre époque. Transgresser une telle norme, c’est s’exposer à un petit rappel à l’ordre social. Famille, amis, collègues : la critique peut vite arriver, parfois discrètement, parfois très franchement. Veuillez vous conformer, merci bien.
Et ce n’est pas tout. Ce choix personnel peut avoir des conséquences très concrètes, et pas toujours réjouissantes. Opter pour le temps partiel par exemple (qui est, soit dit en passant, majoritairement subi par les femmes), c’est accepter de toucher moins d’argent et de voir ses droits sociaux fondre comme neige au soleil. Le tarif à payer pour « oser » ralentir n’est pas que symbolique : il est aussi sonnant et trébuchant…
Changer la norme, pas seulement sa propre vie
Refuser de sacrifier sa vie au travail bouscule de grands équilibres sociaux. Les injonctions sont puissantes, et l’on comprend pourquoi ce choix gêne, voire fâche. Mais comme le rappelle Céline Marty, ne pas tout donner à son emploi n’a rien de honteux.
Alors, la prochaine fois qu’on vous traitera de « fainéant.e » ou qu’on vous fera sentir que vous ne valez que par vos heures supp’, rappelez-vous une chose : il n’y a pas qu’une seule bonne manière de vivre sa vie. Même si certains y tiennent dur comme fer.

Matteo Calteau est un auteur chevronné sur alloemploi.fr, un site dédié à l’emploi, à l’entrepreneuriat et au monde de l’entreprise. Il partage des conseils pointus et des analyses pratiques pour guider les professionnels dans leur carrière et leurs projets business. Passionné par le développement et la réussite professionnelle, il offre des contenus clairs et inspirants pour tous.
