Ridiculisée en entretien : le handicap invisible qui gâche des vies professionnelles
Qui n’a jamais eu les mains moites et le cœur qui bat la chamade lorsqu’arrive le fameux « Avez-vous des questions ? » en fin d’entretien d’embauche ? Ce moment tant redouté, où le candidat sait qu’il a une ultime chance de briller, vaut parfois le détour… et peut, hélas, se transformer en cauchemar pour certains. Derrière les sourires crispés et les poignées de main guindées, se cachent parfois des difficultés bien réelles, mais trop souvent méprisées. Bienvenue dans le monde des handicaps invisibles, là où la bienveillance n’est pas toujours au rendez-vous.
L’art de poser des questions (et de se faire humilier ?)
Demander « Sur une semaine type, avec qui vais-je avoir des interactions ? » ou s’informer sur le déroulement d’une journée de travail, voilà le genre de questions conseillées par François Gougeon, président et fondateur du cabinet de recrutement Happy to meet you. Ces échanges, plus ou moins informels, sont censés donner au talent une splendide opportunité de se démarquer et d’optimiser ses chances d’obtenir le précieux sésame professionnel. Jusque-là, tout va bien !
Cependant, au-delà de la pertinence professionnelle, certaines questions trahissent des problématiques beaucoup plus profondes. C’est ce qu’a tenté Sarah Trefren, une jeune Américaine, lors d’un entretien pour une école de commerce. Pensant jouer cartes sur table, elle a posé une question des plus raisonnables : « Y a-t-il des accommodements pour les personnes qui ont du mal à voir le temps passer et à être à l’heure ? » Il n’en fallait pas plus pour déclencher la tempête…
La cécité du temps : un handicap, pas une excuse facile
Derrière cette interrogation anodine se cache en réalité une vraie difficulté : la cécité du temps, autrement dit l’incapacité à percevoir concrètement le temps qui passe, fréquente chez les personnes atteintes de TDAH (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité). Pour elles, estimer le temps requis pour une tâche ou respecter des délais relèvent parfois de l’exploit. Non, ce n’est ni de la paresse, ni un manque de volonté !
La psychologue Becky Spelman, interrogée sur le sujet, rappelle que la cécité temporelle est souvent le triste lot de certains neurodéveloppements spécifiques, tels que le TDAH. Elle évoque également le concept d’hyperfocus, cette capacité à se concentrer intensément sur une tâche au point d’en perdre toute notion d’heure. Résultat : pour la personne concernée, les minutes filent comme des secondes… et parfois, la cloche sonne sans prévenir.
- Difficulté à respecter les délais
- Estimation erronée du temps pour une tâche
- Perception déformée des heures et des minutes
Du tabou à la stigmatisation : quand l’inclusion rime avec humiliation
Après sa question, Sarah s’est vu brutalement rappeler à l’ordre. L’interviewer a coupé court : il n’existe tout simplement « pas d’accommodements pour ceux qui souffrent d’un manque de ponctualité ». Pire encore, le discours a dégénéré avec l’insinuation suivante : ces personnes seraient inaptes à l’emploi, voire responsables d’une tentative de déstabilisation du fonctionnement de l’entreprise. On a connu plus chaleureux !
Bilan : humiliation gratuite pour la jeune femme, qui raconte son expérience en larmes sur TikTok – histoire relayée par le New York Post. Sous la vidéo, la division : certains commentaires lui conseillent simplement de « trouver elle-même des solutions », tandis que d’autres dénoncent la dureté du monde du travail actuel. Entre ceux qui prônent l’auto-gestion et ceux qui s’indignent, la société reste hésitante face à la question du handicap invisible.
Conclusion : main tendue ou mouchoirs épais ?
Au fond, ce que révèle ce triste épisode, c’est la difficulté des entreprises à prendre en compte la réalité de certaines personnes et leur singularité. Oser exposer ses besoins spécifiques en entretien ne devrait pas valoir huées ou mépris, mais – osons le mot – écoute. Pour une société un brin plus inclusive, à quand la valorisation des différences, plutôt que leur stigmatisation ? En attendant, si vous êtes candidat et que le fameux « Avez-vous des questions ? » vous pétrifie, n’oubliez pas : rester soi-même, c’est déjà briller. Parfois, briller d’humanité vaut toutes les statistiques de performance.

Matteo Calteau est un auteur chevronné sur alloemploi.fr, un site dédié à l’emploi, à l’entrepreneuriat et au monde de l’entreprise. Il partage des conseils pointus et des analyses pratiques pour guider les professionnels dans leur carrière et leurs projets business. Passionné par le développement et la réussite professionnelle, il offre des contenus clairs et inspirants pour tous.
