On nous serine à l’école que deux et deux font quatre, mais qui a déjà eu un cours pour comprendre sa fiche de paie ou pour ne pas paniquer à l’idée d’ouvrir son compte courant ? Spoiler : pas grand monde. Heureusement, Alix de Renty, banquière privée aguerrie, vient dépoussiérer les méthodes de l’épargne avec pragmatisme… et un soupçon d’humanité bienvenue !
Éducation financière en berne : il est temps de prendre les choses en main
À en croire Alix de Renty, la situation est claire : « À l’école, on n’apprend pas à faire un budget ou à lire une fiche de paie », et ce manque d’éducation financière entraîne beaucoup de jeunes à se sentir « désorientés et angoissés ». Les adultes, eux, jonglent maladroitement avec les outils bancaires, ce qui engendre « énormément d’appréhensions ».
- 77 % des Français jugent leur niveau de connaissances financières moyen ou faible, d’après la Banque de France.
La question se pose donc naturellement : comment sortir du brouillard et bâtir une épargne digne de ce nom ?
Première étape : ouvrir grand les yeux sur son argent
Simple et pourtant rarement fait : il s’agit d’obtenir une vue à 360° de ses entrées et sorties d’argent. La spécialiste note avec stupéfaction que « les trois quarts des gens ne l’ont jamais fait ». On commence donc par un audit annuel, où l’on recense :
- Son salaire et toutes les ressources annexes
- Toutes ses dépenses fixes (loyer, courses, nounou, transports… et on n’oublie pas la plateforme de streaming qu’on ne regarde plus…)
- Les assurances – et on vérifie leur efficacité. Par exemple, l’assurance habitation couvre-t-elle réellement tous les dégâts possibles ? L’assurance prêt immobilier protège-t-elle son ou sa partenaire ? Aller au moins cher n’est pas toujours un bon calcul et certains s’en rendent compte trop tard.
Autant de questions qui permettent de repartir du bon pied et de déterminer ce qu’il reste pour les plaisirs… et l’épargne.
La chasse aux euros dormants et le choix du bon placement
Après avoir calculé ce qui reste, l’étape suivante consiste à traquer les petites cagnottes oubliées. Beaucoup ouvrent des comptes « pour 10 € offerts », et se retrouvent avec des miettes disséminées. L’experte conseille de se demander : « Qu’est-ce que j’ai ? Dans quelle banque ? Qui contacter pour tout récupérer ? »
Une fois l’épargne existante et la capacité à mettre de côté évaluées, on se penche sur la stratégie :
- Plan épargne logement bloqué ? Livret d’épargne populaire ? Plan d’épargne en actions ? Il faut vérifier à quoi on a droit !
- Dans certaines entreprises, l’épargne salariale peut être très avantageuse, mais trop de jeunes en ignorent l’utilité et retirent bêtement toutes leurs primes.
Mais l’offre financière est bien souvent peu limpide. Résultat : « Beaucoup gèrent leur épargne selon ce que propose le conseiller, et pas selon leurs réels besoins ».
Pour éviter le réveil douloureux : il faut réfléchir à ses propres projets de vie et se baser sur trois critères essentiels :
- À quel horizon ai-je besoin de cet argent ?
- Quel risque suis-je prêt à accepter ?
- Ai-je besoin de pouvoir retirer mon argent à tout moment ?
L’experte illustre : à court terme, pourquoi pas une voiture ; à moyen terme, une résidence principale. On adapte donc son placement.
Première règle d’or : se constituer un matelas de sécurité via un Livret A ou un LDD, à 3 % d’intérêt, disponibles à tout moment pour faire face à l’imprévu (spoiler : la machine à laver choisit toujours le plus mauvais moment pour agoniser).
Si la sécurité est acquise et qu’il reste de quoi voir venir, le mot d’ordre : pragmatisme. Pour un objectif à deux ans, type achat de véhicule, on ne prend pas de risques. Sur un horizon plus long, on peut viser (prudemment) un placement plus rémunérateur, en ayant bien conscience que « le risque, c’est de perdre ses économies ». Enfin, pour une somme dont on n’aura pas besoin avant longtemps, on examine des projets d’investissement plus ambitieux, en vérifiant soigneusement la fiscalité applicable.
La diversification reste le maître mot. Il vaut mieux ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Et garder, si possible, un interlocuteur professionnel qui centralise toutes les infos !
Transparence et transmission : savoir préparer l’avenir
Au royaume de l’argent, il n’y a pas de sujet tabou. Alix de Renty insiste : il faut accepter de parler de « ce qui fâche » et de clarifier la situation pour éviter les mauvaises surprises – et pas seulement fiscales :
- En cas de décès, que se passe-t-il pour les enfants ?
- Le compte du conjoint sera-t-il bloqué ?
- Qui sera responsable du prêt immobilier ?
- Cette organisation correspond-elle vraiment à nos desiderata ?
L’experte recommande de centraliser toutes ces informations dans un dossier chez soi ou auprès d’un notaire. Et, crucial, en informer ses proches « pour qu’ils sachent quoi faire au cas où », et poser ces mêmes questions à ses propres parents.
En somme, pour transformer chaque euro en une épargne solide, inutile de s’inventer trader : il faut surtout lucidité, organisation… et un zeste de dialogue parfois inconfortable. Personne n’a jamais doublé son capital en laissant dormir trois comptes ouverts au hasard. Pas vrai ?