Deux cents CV envoyés, zéro retour à l’horizon : Roman Kennel fait aujourd’hui partie du bataillon grandissant des étudiants déconcertés par le silence des employeurs. Mais derrière ce chiffre décourageant se cache un jeune homme déterminé, inventif… et pas du genre à baisser les bras. Portrait d’un optimiste réaliste qui refuse de laisser la galère de l’alternance avoir le dernier mot.
Un jeune profil atypique, motivé à bloc
- 21 ans
- Titulaire d’un BUT en information et communication à l’IUT de Dijon
- Originaire de Langres, études entre Dijon et cette ville de Haute-Marne
Roman Kennel n’a pas choisi la voie de la facilité. Si hier il passait pour un maquettiste hors-pair (on lui doit une maquette fidèle du parc Nigloland, d’ailleurs salement amochée pendant une expo… la célébrité a ses revers !) ou encore un marathonien amateur, aujourd’hui c’est sur le terrain du commerce et du marketing qu’il rêve de s’illustrer. Fini le journalisme, malgré son passage au Journal de la Haute-Marne : son truc, c’est la communication, le marketing, la stratégie… et surtout, il veut continuer à apprendre.
Un parcours déjà exemplaire, mais des portes qui restent closes
Roman n’est pas resté les bras croisés devant la difficulté. Dès la troisième année de son BUT, il s’était frotté au monde de l’alternance à la bibliothèque municipale de Dijon : expérience ultra-formatrice, trouvée en seulement trois jours. Voilà qui aurait pu laisser croire à une suite fluide… Mais le monde change vite. Recherche de master enclenchée tôt, hésitation entre l’université et une grande école : il mise sur la Burgundy School of Business, séduit par son programme. Problème, les études coûtent la bagatelle de 28 000 euros, normalement financées… sauf quand les fameux Opco, opérateurs de compétences, ne peuvent rien faire et que les entreprises rechignent à avancer la somme. Faute de financement, Roman doit renoncer et quitte l’école pour ne pas crouler sous une dette « inatteignable ».
Heureusement, l’option Groupe Alternance Dijon se présente : MBA « manager commercial et marketing », diplôme reconnu par l’État (ministère du Travail, ce détail a son importance), formation prise en charge par les Opco, « donc gratuite pour l’entreprise et pour moi », assure-t-il. Problème subsistant ? Impossible d’intégrer sans avoir d’abord trouvé… une alternance ! La boucle est bouclée, l’attente commence – et elle s’éternise.
L’abnégation face à des chiffres décourageants
Des centaines d’heures sur LinkedIn, appels, feuilles Excel de suivi, 200 candidatures… Pour Roman, la réponse frise le silence radio. Selon lui, « on ne répond pas à 60% de mes candidatures. J’ai 30% de réponses négatives pré-formatées, 5% où l’on m’explique pourquoi, et 5% de rappels ou d’entretiens ». Même le réseau, parfois si magique, ne donne rien : « même auprès de connaissances qui auraient pu me recruter, ça bloque ». Pourtant, il est prêt à tout accepter, pourvu que les missions concernent le commerce, le marketing ou la communication.
Lui qui a toujours été embauché en CDD après ses stages pensait l’alternance aussi simple qu’un emailing bien ciblé. Mais la réalité d’aujourd’hui est bien différente : massification de la demande, coupes publiques drastiques, aides rabotées (l’État prévoit déjà 65 000 postes de moins d’ici la fin de l’année)… la tension monte et la précarité s’installe dans l’attente. Roman l’admet franchement : « c’est assez stressant ». Mais il refuse de se laisser abattre. Il avance avec la conviction qu’il saura transformer ces difficultés en énergie positive, comme il l’a déjà fait par le passé.
Une ténacité à toute épreuve et une démarche constructive
Roman ne manque pourtant pas d’arguments pour séduire les employeurs :
- Ses loisirs de maquettiste (Romanland Productions) ont pris des airs de locomotive en ligne et lui servent de carte de visite événementielle et sportive.
- Il a su, dans chaque stage, transformer l’essai : « on me gardait après en CDD ».
- Et son envie d’apprendre n’a pas faibli : « Je veux toujours apprendre et m’améliorer. Je suis déterminé et j’ai envie d’avancer, autonome… ».
Mais la mécanique se grippe. Si octobre se termine sans alternance, il reportera son master d’un an : « je travaillerai jusqu’à la prochaine rentrée et je me remettrai à la recherche dès que possible ». Et si le marché reste hermétique ? Il passera directement à la vie active, parce qu’après tout, « c’est en forgeant que l’on devient forgeron ».
Conclusion ? Dans l’adversité, c’est le mental qui fait la différence. Malgré les obstacles et la conjoncture peu réjouissante, Roman Kennel ne baisse pas les bras. Et il n’est pas seul : nombreux sont les jeunes dans la même galère, à guetter une réponse, un signe, une ouverture. Sa détermination force le respect : à l’heure où les employeurs peinent à répondre, où les aides s’évaporent et où le stress monte, la meilleure arme reste sans doute de garder la tête haute et ne jamais cesser de croire à sa propre valeur. Et qui sait, peut-être qu’à la 201e candidature, la réponse tant attendue arrivera enfin ?