Allonger la durée d’un stage, enjoliver son niveau d’anglais ou encore passer sous silence une période de chômage : autant de « petits arrangements » que beaucoup de candidats avouent avoir utilisés. Selon un sondage réalisé au printemps 2025 par la plateforme Preply, 55 % des Français auraient déjà menti sur leur CV. Une pratique plus répandue qu’on ne l’imagine, mais qui peut avoir des conséquences inattendues.
Pourquoi certains franchissent la ligne rouge ?
Face à un marché de l’emploi toujours compétitif, certains estiment qu’un CV trop honnête risque de finir au fond de la pile. Les raisons invoquées sont variées :
- masquer une période d’inactivité jugée trop longue,
- gonfler un niveau de langue pour « passer la barrière » de l’annonce,
- ou transformer une mission temporaire en expérience longue durée.
Une ancienne candidate en communication confiait ainsi avoir écrit « anglais courant » alors qu’elle n’avait jamais dépassé le niveau scolaire. « Je pensais que ça ne se verrait pas. Mais dès le premier entretien en anglais, j’ai été démasquée », raconte-t-elle aujourd’hui.
Les risques juridiques et professionnels
Mentir sur son CV n’est pas systématiquement synonyme de licenciement. En droit du travail, l’employeur doit prouver que le mensonge a eu un impact direct et préjudiciable sur l’entreprise, ou qu’il a été déterminant dans la décision d’embauche. Une exigence qui rend les sanctions difficiles à appliquer dans les faits.
Mais attention : la jurisprudence rappelle que le recruteur a lui aussi des obligations. La Cour de cassation a confirmé en 2017 qu’un employeur ne peut obtenir la nullité d’un contrat s’il n’a pas lui-même vérifié les diplômes ou compétences du candidat. Autrement dit, la vigilance est partagée.
Reste que sur le plan professionnel, les conséquences peuvent être immédiates : perte de crédibilité, mise en difficulté sur un poste mal maîtrisé, ou rupture de confiance avec l’employeur.
Des regrets parfois amers
Certains candidats expliquent avoir menti « par nécessité », mais reconnaissent aujourd’hui que la manœuvre leur a coûté plus qu’elle ne leur a rapporté. Un ingénieur raconte avoir inventé une expérience à l’étranger pour séduire un recruteur : « À l’entretien, on m’a demandé des détails très précis. Je me suis embrouillé et j’ai perdu toute chance d’obtenir le poste ».
D’autres assument sans remords. « J’ai caché six mois de chômage en rallongeant une expérience précédente », confie une assistante administrative. « Cela m’a permis d’être embauchée. Et une fois en poste, j’ai prouvé que j’étais à la hauteur ».
Embellir ou assumer : la frontière ténue
En réalité, il existe une différence entre « mettre en valeur son parcours » et « inventer de toutes pièces ». Mettre l’accent sur ses réussites ou adapter la formulation de ses expériences n’a rien d’illégal. Mais franchir la ligne du mensonge peut s’avérer risqué, surtout si les incohérences apparaissent dès l’entretien.