Ils modifient leur CV jusqu’à 8 fois : galère totale pour décrocher une alternance

Ils modifient leur CV jusqu’à 8 fois : galère totale pour décrocher une alternance
Ils modifient leur CV jusqu’à 8 fois

À l’approche de la rentrée, la chasse à l’alternance vire au parcours du combattant pour de nombreux étudiants. Malgré la multiplication des candidatures et des relances, beaucoup peinent à trouver une entreprise prête à les accueillir. Derrière les chiffres, des histoires personnelles marquées par l’angoisse, la lassitude et parfois le découragement.

Des candidatures en série, mais peu de réponses

Sur LinkedIn, les appels à l’aide se multiplient : étudiants en master, en BTS ou en reconversion, tous racontent la même galère. Les offres se raréfient, et les refus tombent, souvent avec le même message impersonnel : « Malgré la qualité de votre candidature, nous avons retenu un autre profil. »

C’est ce que vit Lamine, étudiant en finance, qui garde en mémoire 53 pages de refus dans sa boîte mail. « J’ai dû modifier mon CV au moins huit fois », raconte-t-il. Après près de 800 candidatures envoyées, il songe même à aller distribuer ses CV directement dans les quartiers d’affaires, faute de mieux.

De son côté, Ambre, en master de traduction, a commencé par chercher autour de Paris. Mais face à l’impasse, elle est prête à traverser la France pour décrocher un contrat. « Je ne pensais pas que ce serait aussi difficile ni aussi stressant », confie-t-elle. L’incertitude met en péril son projet d’études et pèse lourd sur sa famille. Sa mère, Kate, avoue un sentiment d’impuissance totale : « Nos discussions tournent uniquement autour d’annonces et de candidatures. »

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Un contexte économique qui brouille les pistes

Certains avancent que la réduction des aides financières accordées aux entreprises pour recruter des alternants expliquerait ces difficultés. Depuis janvier, le soutien de l’État a baissé, passant de 6 000 à 2 000 euros pour les grandes entreprises, et de 6 000 à 5 000 euros pour les PME. Un changement qui, selon certains observateurs, pourrait refroidir les employeurs.

Mais d’autres spécialistes nuancent cette explication. Selon Laurent Munerot, vice-président de l’Union des entreprises de proximité (U2P), tout dépend du secteur. L’artisanat et certaines branches de l’industrie continuent à recruter des apprentis, tandis que d’autres domaines, saturés de demandes, ne peuvent absorber tous les candidats.

Des freins plus profonds pour les entreprises

Le problème tiendrait davantage à l’instabilité réglementaire. Entre les changements fréquents des dispositifs et l’incertitude sur leur pérennité, les entreprises hésitent à s’engager. « Les incertitudes génèrent des freins », résume Munerot. Les employeurs craignent de ne pas savoir à quelles conditions ils devront accueillir les alternants dans les mois à venir.

Cette situation accentue le décalage entre une offre de formations en alternance en plein essor — plus de 880 000 contrats signés en 2024, contre 295 000 en 2017 — et un marché qui peine parfois à suivre.

Le rôle crucial des écoles

Face à ces difficultés, l’accompagnement des établissements est déterminant. Samuel Perrichon, directeur de l’ISME à Poitiers, rappelle que la stratégie de candidature est essentielle. « Dans 99 % des cas, nous retravaillons complètement le CV des étudiants. Beaucoup ne savent pas mettre en avant leurs compétences. »

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Au-delà de la mise en forme, il insiste sur l’importance de la persévérance : « En 15 ans, j’ai vu de nombreux étudiants trouver une alternance, parfois seulement quelques jours avant la rentrée. »

Une course contre la montre

Entre l’attente, les refus automatiques et la peur de devoir abandonner leur projet d’études, les étudiants vivent un été sous tension. Certains envisagent la réorientation, d’autres persistent coûte que coûte. Mais tous partagent la même conviction : sans soutien renforcé des écoles et une meilleure visibilité du côté des entreprises, la quête de l’alternance restera pour beaucoup une véritable épreuve.

Au final, ces témoignages rappellent que derrière chaque candidature envoyée se cache un étudiant avec un projet, une famille et une anxiété grandissante. Et que l’alternance, censée être un tremplin vers l’emploi, ressemble parfois à un obstacle infranchissable.

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