Ils quittent tout pour un métier manuel : “Jamais été aussi heureux”

Ils quittent tout pour un métier manuel : “Jamais été aussi heureux”
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Ils quittent tout pour un métier manuel : « Jamais été aussi heureux »

Quitter la Cour des Comptes pour les cuves d’une brasserie

Il y a des tournants de vie qui ressemblent à une scène de film : costumes feutrés, bâtiments historiques et soudain… levures, houblon et brassins fumants. C’est exactement ce qu’a vécu Cédric Brottier. Originaire de Melun (77), diplômé de Sciences Po Paris en 2011 puis de l’ENA (promotion Jean Zay), il semblait promis à la grande carrière de haut-fonctionnaire. Après l’ENA, il a intégré la Cour des Comptes — l’institution noble, cossue, presque hors du temps… mais pas hors du doute.

Car pour lui, ce qui aurait dû être un grand départ était avant tout l’occasion de remettre les choses à plat. L’audit, le contrôle : certes, ça a du panache, mais la distance entre l’effort fourni et le résultat concret était trop grande. Et il s’est posé la question que beaucoup se posent, sans toujours oser y répondre : « Avancer pour avancer ou avancer pour changer vraiment quelque chose ? »

Finalement, ce n’est pas l’action publique qui l’emportera, mais l’envie de voir l’effet concret de ses actions. Il le confesse : « La difficulté à voir l’effet concret de mes actions jouait sur ma capacité à me réjouir du travail effectué, qui semblait trop noyé dans la masse pour produire un réel changement. » Certains ont d’ailleurs tiqué en voyant Cédric quitter la fonction publique, mais lui ne regrette rien.

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L’Instant : la naissance d’un projet qui a du goût

Fin 2016, avec deux amis de Sciences Po Paris (rencontrés à Dijon, pas sur une terrasse parisienne !), Cédric crée L’Instant, une brasserie artisanale. Leur motivation ? Ce besoin typique des jeunes générations : faire, voir, toucher, mesurer, sentir l’avancée de son travail. Adieu protocoles, codes et lourdeurs institutionnelles. Bonjour les journées où on change de casquette dix fois !

  • Créer des recettes (et sans tricher sur le dosage du houblon !)
  • Gérer techniquement une installation industrielle
  • Prospecter, négocier, vendre
  • Manager des équipes
  • Et bien sûr… faire la queue à La Poste (comme tout patron qui débute, n’est-ce pas)

Avant de piloter L’Instant, Cédric avoue ne jamais avoir appris à réaliser une étude de marché, à fixer des prix, à travailler un référencement internet ou à négocier en gros. « Il m’aurait fallu une école de commerce, mais j’ignorais avoir cette fibre-là au moment de choisir ma voie. » Ce qui l’a servi, c’est la rigueur, l’ardeur au travail de ses études, et cette capacité à apprendre vite.

Diviser son salaire, multiplier les bonheurs

Le choix n’a pas été sans conséquences : son salaire a été divisé par cinq par rapport à ce qu’il aurait pu toucher dans ses fonctions précédentes. « Mais j’ai retrouvé le sourire et l’envie de me dépasser. » Le plaisir de bâtir une entreprise de zéro, d’en accompagner la croissance et surtout, d’en mesurer l’utilité chaque jour. « Développer une entreprise c’est créer de l’activité, de l’emploi, dynamiser un territoire. Et chaque jour, avoir le sentiment de réaliser quelque chose de ses mains. »

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La brasserie L’Instant, c’est aujourd’hui :

  • Des bières artisanales 100 % Made in Ile-de-France
  • Une distribution auprès des caves à bières, caves à vin, épiceries fines, bars spécialisés et certains restaurants
  • Une croissance de +35 % de chiffre d’affaire en moyenne sur les deux dernières années, même en pleine crise sanitaire

Et pour ceux qui imaginent l’entrepreneur comme un chef d’orchestre détaché, Cédric remet les pendules à l’heure : « Au début, c’est le patron lui-même qui fait le ménage, la queue à la Poste… Après les ors de la République, c’est une leçon d’humilité !»

Conclusion : Quand le concret rend heureux

Cédric Brottier n’a rien oublié de ses années de formation… même si les études de Sciences Po et de l’ENA ne l’avaient pas vraiment préparé à fixer un prix barré ni à remplir le formulaire Chronopost. Pourtant, il met chaque jour à profit sa capacité d’apprentissage et son goût du challenge au service d’une jeune entreprise en croissance.

Le voilà épanoui, preuve vivante qu’on peut avoir été brillant élève et préférer le bruit des cuves à celui des dorures et des discours solennels. Sa trajectoire inspire un conseil, qui s’adresse à tous ceux qui doutent : il n’est jamais trop tard pour faire – vraiment, de ses mains, de sa tête… et avec le sourire.

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