Ah, ce doux frisson glacé qui vous parcourt le dos… Trop tard : le mail est parti, emportant dans son sillage cette fameuse formule de politesse ou cette tournure tarabiscotée qui risque de plomber votre crédibilité. Qui n’a jamais ressenti l’envie pressante de rappeler son mail pour corriger une faute ou, pire, une formule alambiquée qui fait froncer les sourcils plus qu’elle n’adoucit les mœurs ? La rédaction a épluché pour vous les expressions à bannir, histoire de sauver votre prochain envoi de la ruine (épistolaire, du moins).
Plaies et bosses : ces formules à éviter pour conclure vos mails
Lorsque l’on doit conclure une lettre de motivation, écrire à un supérieur ou formuler une demande professionnelle, la formule de politesse fait souvent office de cerise sur le gâteau… Mais attention à ne pas se louper : toutes les cerises ne sont pas bonnes à croquer !
- Remercier « par avance » : Beaucoup aiment anticiper en adressant un « merci d’avance » à leur destinataire, pensant bien faire. Mais voilà, cette petite expression trahit une lourde présomption : elle suppose que la personne va automatiquement vous rendre le service demandé. Or, tant que la réponse ne s’est pas fait entendre, remercier est un brin prématuré.
- La solution, pour les accros au remerciement anticipé ? Privilégiez la formule « je vous remercie par avance », recommandée par le Littré. Elle adoucit le côté expéditif et garde la touche de courtoisie minimale.
- Les demandes trop directes : L’expression « merci de me répondre » manque elle aussi de finesses relationnelles. Préférez « vous pouvez me répondre à cette adresse » ou, si le contexte et le rapport hiérarchique l’autorisent, un impératif bienveillant comme : « veuillez me répondre à cette adresse ».
Belle journée ! … ou comment verser dans l’exagération polie
« Belle journée ! », « belle journée à vous ! », et même « douce » ou « merveilleuse journée » : voilà des formules qui cartonnent, reléguant doucement le bon vieux « bonne journée » au grenier des expressions d’antan. L’intention paraît optimiste, presque instagrammée—saupoudrée de cœurs et de paillettes virtuelles.
Comme l’a souligné Linda Giguère, nous assistons là à une « emphase, une exagération linguistique » : chaque « belle journée » adressée donne le sentiment que nos mots ont été sélectionnés sur-mesure, patiemment, rien que pour l’autre. Mais à l’heure de la déferlante, qui croit vraiment à tant d’altruisme par mail dès lors qu’une dizaine de « belle journée » pleuvent dans la même heure ? Un filtre d’optimisme, peut-être parfois un brin forcé.
Faut-il vraiment « s’excuser » soi-même ? L’art délicat de la contrition numérique
L’intention de la formule « je m’excuse » est noble, et sa construction grammaticale tient la route. Pourtant, elle sème la zizanie chez les puristes. L’Académie française la déconseille : après tout, quand on a commis une faute, c’est à l’autre qu’on doit demander pardon, pas à soi-même. Les académiciens sont formels : « on ne s’excuse pas plus qu’on ne se pardonne ».
Pour un courriel professionnel, tournez-vous donc vers un classique, sobre et respectueux :
- Je vous prie de m’excuser
- Je vous demande pardon
Si d’aventure l’oral informel s’invite dans votre message, sachez que certains linguistes, tel Claude Duneton, accordent à « je m’excuse » une légitimité dans un contexte parlé, mais privilégiez toujours un registre soutenu à l’écrit.
« Vous souhaitant une bonne continuation » et les pièges du participe présent
L’usage du participe présent n’est pas toujours heureux. Exemple classique de maladresse : « vous souhaitant une bonne continuation ». Le participe présent doit venir accompagner une autre proposition (« En comprenant cela, j’ai changé d’avis »), sinon il laisse un goût d’inachevé. Préférez donc la forme directe et correcte : « je vous souhaite une bonne journée ».
Petite parenthèse : même les linguistes avertis ne sont pas à l’abri d’un malencontreux usage, comme le prouve le mea culpa éditorial cité : une coquille, ça arrive à tout le monde !
En résumé ? À l’heure du mail express, un soupçon de vigilance et quelques ajustements stylistiques permettent d’éviter la panne relationnelle. Exit les « belle journée » à la chaîne, les remerciements prématurés et les excuses automatisées ! À la prochaine rédaction, relisez-vous : parfois, la meilleure politesse reste la simplicité bien dosée.