Télétravail imposé à la place des arrêts maladie : l’idée qui scandalise

Télétravail imposé à la place des arrêts maladie : l’idée qui scandalise
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Travailler depuis son lit, son canapé ou même son balcon avec une infusion dans la main et un thermomètre dans l’autre : la proposition pourrait prêter à sourire… si elle ne soulevait pas d’abord une bonne dose de polémique. En France, l’idée de remplacer certains arrêts maladie traditionnels par du télétravail prescrit par le médecin fait grand bruit et ne laisse personne indifférent. Alors, miracle pour la Sécu ou vraie fausse bonne idée ? On fait le point, sans mouchoir ni langue de bois.

Pourquoi cette proposition fait-elle tant parler d’elle ?

Pour ceux qui auraient passé les derniers mois hors du pays et sans connexion Internet, un petit rappel : la France fait face à une envolée des dépenses liées aux arrêts maladies. Entre 2019 et 2023, elles ont bondi de 27,9 %, selon la Cnam (Caisse nationale de l’Assurance maladie). Autant dire que la Sécu tire la sonnette d’alarme… et que les solutions fusent. Parmi elles : limiter le premier arrêt de travail à 15 jours chez le généraliste, 1 mois à l’hôpital… et, nouveauté, envisager de prescrire du télétravail à la place de l’arrêt, histoire de ménager la chèvre – l’employeur – et le chou – l’assuré.

C’est dans ce cadre que deux amendements ont été adoptés en commission des Affaires sociales à l’Assemblée nationale le 31 octobre, dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Leur idée ? Offrir la possibilité, pour certains patients dont l’état le permet, de poursuivre ou de reprendre une activité en télétravail plutôt que d’arrêter net. Oubliez la prescription du week-end au lit : place au télétravail médicalement validé… avec, précision importante, l’accord de l’assuré concerné. Les modalités concrètes – durée, critères médicaux, métiers visés – resteront à préciser par décret.

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Quels objectifs derrière cette mesure ?

Selon l’un des auteurs de ces amendements, la démarche poursuit trois buts (et, rassurez-vous, aucun n’est d’abattre la convivialité du bureau ou d’augmenter la consommation de pyjamas) :

  • Prévenir la désinsertion professionnelle, autrement dit éviter que certains salariés ne décrochent complètement de leur entreprise lors de convalescences prolongées ;
  • Réduire les arrêts de travail évitables, parce qu’il est parfois possible de travailler – certes à un rythme différent et sans trop s’agiter – sans aggraver son état ;
  • Maintenir le lien entre le salarié et sa boîte, pour ne pas rompre le fil du collectif (même si, avouons-le, la machine à café manque un peu en visioconférence).

Notons tout de même que le télétravail n’a rien d’inédit dans les faits. D’après l’Observatoire du télétravail, 76 % des personnes interrogées affirment avoir déjà travaillé à domicile en étant malades. À ce jour, seul le médecin du travail pouvait officiellement préconiser ce type d’organisation, jamais le généraliste : la nouvelle mouture introduirait donc un cadre légal ex nihilo, ce qui évite à tout le monde de bricoler.

Un retour en douceur après un long arrêt : mode d’emploi

Les amendements adoptés ne s’arrêtent pas là : ils ouvrent aussi la voie à une reprise d’activité progressive via le télétravail pour les personnes ayant connu un arrêt longue durée. Selon le député Stéphane Viry (groupe Liot), un des initiateurs, la mesure cible tout particulièrement certains troubles comme ceux musculosquelettiques ou anxiodépressifs. On éviterait ainsi la reprise « marche ou crève » en favorisant un retour adapté à chacun, pour que ce ne soit ni trop brutal, ni trop long.

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Et now ? Une Assemblée nationale sous tension

Évidemment, si certains applaudissent ce virage vers plus de flexibilité, d’autres s’inquiètent de la dérive potentielle : la frontière entre repos et productivité deviendrait-elle trop poreuse ? Quoi qu’il en soit, après son passage en commission, cette disposition sera prochainement examinée en séance à l’Assemblée nationale, à partir du 5 novembre. Encore un peu de patience avant de savoir si, demain, votre médecin pourra vous prescrire… un Zoom.

Conseil du jour : avant d’installer votre bureau au pied du lit, attendez donc que la loi soit votée… et profitez-en pour vous demander si, parfois, rien ne vaut un vrai repos, loin des écrans.

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