Dans le monde feutré des entretiens d’embauche, certains sortent du lot. Alexandr Wang, prodige de l’intelligence artificielle récemment recruté par Meta, ne s’embarrasse ni de convenances ni de formules creuses. Ce qu’il cherche chez ses futurs collaborateurs ? Pas des diplômes en cascade, mais une étincelle. Celle de ceux qui s’investissent corps et âme dans ce qu’ils font. Un mantra simple mais radical, à mille lieues des entretiens aseptisés.
Un recrutement à prix d’or
Imaginez : Meta, la firme de Zuckerberg, fait un chèque de 14 milliards de dollars pour mettre la main sur un jeune prodige de l’IA. Ce n’est pas de la science-fiction, mais bien l’histoire d’Alexandr Wang — cofondateur de ScaleAI — qui rejoint Meta pour piloter ses ambitions en intelligence artificielle. Il arrive avec son bagage d’innovateur, mais aussi avec une vision draconienne du recrutement.
Wang, âgé d’à peine 28 ans, n’est pas du genre à faire dans le consensuel. Il croit dur comme fer qu’un entretien d’embauche ne doit pas être un spectacle lisse, mais une quête de vérité : celle de révéler ceux qui ne se fichent pas du job, de l’entreprise, du produit. Son objectif ? Forger une « dream team » pour Meta, autour d’une cinquantaine d’esprits brillants, capables de défier les frontières du possible.
Une méthode sans fioritures
Quand on lui demande sa philosophie du recrutement, Wang ne tourne pas autour du pot. Il a forgé son propre mantra : « Je cherche des gens qui ne s’en fichent pas royalement. » Il veut du zèle, de l’obsession, du feu intérieur — mais pas seulement des compétences techniques. Aux yeux de Wang, dans le contexte intense de l’IA, l’équipe idéale est celle où chaque membre se soucie profondément, au-delà du simple CV.
Pour sonder cette passion, il pose des questions percutantes, systématiques, à tous ses candidats. En voici quelques-unes, souvent citées dans la presse technologique :
- « Quelle est la chose la plus dure sur laquelle vous avez travaillé ? » : pour tester la résilience et l’audace.
- « Combien d’heures travaillez-vous par semaine ? » : puisqu’il valorise l’idée d’un investissement maximal.
- « Pourquoi travaillez-vous autant ? » : pour creuser les motivations profondes.
- « Quand étiez-vous le plus démotivé ? » : pour juger de la capacité à rebondir.
- « Quelle est la chose dont vous êtes le plus fier ? » : pour révéler les réalisations qui comptent vraiment.
- « Pensez-vous que cela valait le coup ? » : car pour Wang, un obsessionnel ne digère jamais la question du sens.
L’obsession comme filtre ultime
À l’ère de la guerre des talents en IA, les compétences techniques se démocratisent. Ce qui devient rare — et donc précieux — c’est l’engagement total, l’esprit qui « ne lâche pas ». Wang compare le recrutement à une cour passionnée : il est prêt à convaincre, à tenter des mois de persuasion, pour révéler cette étincelle chez un candidat.
Son refus des demi-mesures lui permet d’être impitoyable : « Si quelqu’un s’en fiche, impossible qu’il fasse du bon boulot », explique-t-il. Il critique de façon voilée les profils qui, selon lui, éclairent le bureau le matin pour en repartir à midi. Son mantra : pas de demie-implication dans un univers où chaque ligne de code peut faire basculer une ambition.
Ce positionnement radical lui a permis d’attirer des talents qu’il compense parfois par des salaires stratosphériques — des rémunérations qui peuvent dépasser les cent millions de dollars annuels pour les profils ultra-rarement disponibles.
Une méthode controversée… mais révélatrice
Cette approche radicale suscite évidemment des critiques. Certains y voient une culture du burn-out, une pression excessive, voire un biais contre celles et ceux qui sont soucieux de l’équilibre vie privée/vie professionnelle. D’autres reconnaissent néanmoins son efficacité : dans un domaine où l’innovation exige de repousser les limites, mieux vaut miser sur ceux qui prennent les choses à cœur.
Au final, l’ambition d’Alexandr Wang dans ses recrutements est limpide : il veut des coéquipiers qui ne baissent pas la garde, qui vibrent pour leur mission, et qui ne « s’en fichent pas ». Une méthode rude, peut-être, mais qui reflète un credo : dans la course à l’IA, seul celui qui s’investit intégralement a une chance de marquer la différence.