On pourrait croire que la question du Smic est pliée, emballée, pesée. Mais il n’en est rien : en 2024, une branche sur dix continue de payer des salariés sous le minimum légal. Retour sur une réalité qui en dit long sur l’état du dialogue social… et sur la patience (limite) des travailleurs.
Un pas en avant… et toujours un pied coincé dans la porte
La situation s’améliore… mais pas pour tout le monde ! Lors du dernier comité de suivi des négociations salariales de branche, réuni le 3 octobre, le constat est clair : sur 171 branches importantes (elles couvrent chacune plus de 5 000 salariés), 19 (soit 11 %) affichent encore au moins un coefficient inférieur au Smic.
Cela reste tout de même un mieux par rapport à janvier 2025 (oui, on prend un peu d’avance…) : en ce début d’année-là, la revalorisation du Smic en 2024 laissait pas moins de 75 branches avec un ou plusieurs minima inférieurs au salaire minimum. Un progrès donc, mais pour les concernés, la pilule a du mal à passer : leur paie reste toujours en dessous de ce qui, rappelons-le, est la base légale en France pour vivre dignement de son travail.
Branche par branche, ça coince sévère
Pourquoi cette situation qui traîne ? Les négociations salariales, dans ces 19 branches non conformes, sont complètement à l’arrêt. Rien ne va plus, Airbus ne décolle pas. Un exemple frappant : le secteur de l’hospitalisation privée. L’avenant 33 – sensé intégrer les indemnités issues des Ségur dans la rémunération minimale annuelle de niveau – a mis le feu aux poudres côté syndicats, en particulier chez FO, qui refuse cette mécanique de calcul. Même blocage pour les salariés permanents des entreprises de travail temporaire, où les discussions conventionnelles de janvier 2025 n’ont abouti à strictement aucun accord.
À signaler également : certaines branches soumises à agrément, dont FO a réclamé l’inclusion dans le périmètre d’observation. Résultat : trois d’entre elles, à savoir le social et médico-social, le secteur maritime et le secteur agricole, n’ont pas davantage franchi la barre du Smic. Pour certains travailleurs du monde maritime ou du social, il y a donc encore de l’eau dans le gaz… ou du fumier dans le tracteur, selon l’environnement !
Sanctions, conditionnalités : la montagne accouche d’une souris
Face à cette inertie, FO tape (encore) du poing sur la table. Lors d’une réunion avec la Direction générale du travail, la centrale a rappelé l’urgence de conditionner l’octroi des aides publiques au respect du Smic dans les branches concernées. En 2023, après une conférence sociale sur les bas salaires, Élisabeth Borne – alors Première ministre – avait évoqué un levier : diminuer les exonérations de cotisations sociales pour les employeurs qui refuseraient l’alignement avant 2024. Menace prise au sérieux ? Que nenni : ce projet de sanction a été abandonné par les gouvernements suivants. Dans le bras de fer qui oppose patronat et salariés, la corde reste tendue du même côté.
- Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire affirme que le Gouvernement a fait « sa part du chemin » pour soutenir la hausse des salaires des ménages modestes.
- Il incite désormais les entreprises à « aussi faire leur part »… Ce qui, pour le moment, ressemble à une invitation qui reste sans réponse.
Un combat syndical qui ne faiblit pas
Indépendance, résistance et… un peu d’humour militant. Réuni à Paris les 3 et 4 novembre 2021, le Comité confédéral national (CCN) de la CGT-FO a fermement rappelé ses valeurs : indépendance totale vis-à-vis du patronat, des partis et du gouvernement, attachement à la Charte d’Amiens et opposition farouche à toute influence extérieure sur le mouvement syndical. Le destin du syndicalisme ne saurait être lié à celui de l’État, point final.
Ce credo s’accompagne d’un engagement : défendre avec vigueur les intérêts des salariés, qu’ils soient matériels ou moraux. « Nous sommes inquiets », alerte FO, face à cette situation où le ministère (et les employeurs) semblent empêcher l’expression du paritarisme, c’est-à-dire du dialogue équilibré entre syndicats et employeurs. Après trois ans de chute du pouvoir d’achat des salariés, pas étonnant que 2024 soit placée sous le signe des revendications, notamment dans le privé. Exemple marquant : chez EDF SA, FO a déjà déposé un préavis de grève à compter du 15 janvier, avec trois autres syndicats, bien décidé à ne pas voir les rémunérations des agents partir… en fumée.
En résumé : si la route vers une conformité salariale généralisée avance, elle n’est pas de tout repos. Quand la loi du plus petit salaire résiste à celle de la République, FO ne baisse pas la garde. Moralité : surveillez bien vos fiches de paie. Et, si besoin, sortez pancartes et sifflets… la bataille du Smic n’est pas terminée.

Matteo Calteau est un auteur chevronné sur alloemploi.fr, un site dédié à l’emploi, à l’entrepreneuriat et au monde de l’entreprise. Il partage des conseils pointus et des analyses pratiques pour guider les professionnels dans leur carrière et leurs projets business. Passionné par le développement et la réussite professionnelle, il offre des contenus clairs et inspirants pour tous.
