Autrefois, la fidélité à une entreprise était presque une règle non écrite : on entrait dans une société, et on en sortait à la retraite. Aujourd’hui, cette époque est bel et bien révolue. Les carrières deviennent plus mouvantes, plus hachées, et les fameux “trous” dans les CV ne sont plus l’exception, mais la norme. Derrière ce phénomène, il y a autant de contraintes que de choix assumés.
Pourquoi les périodes d’inactivité se multiplient
Une analyse récente de plusieurs millions de parcours professionnels met en évidence un changement profond : près de 40 % des candidats en 2025 présentent une interruption d’au moins 12 mois dans leur parcours. C’est une augmentation significative par rapport aux années précédentes.
Ces pauses ne sont pas uniquement liées aux aléas du marché du travail. Elles traduisent aussi de nouvelles réalités : burn-out, temps pris pour s’occuper de proches, envies de reconversion ou encore reprise d’études. Dans un monde professionnel où la pression est constante, ces arrêts deviennent une soupape.
On observe également que 61 % des CV affichent au moins une coupure d’un mois, preuve que la carrière linéaire et continue, jadis valorisée, laisse de plus en plus la place à des trajectoires plus diversifiées.
Des pauses plus longues et plus fréquentes
Il ne s’agit plus de simples parenthèses de quelques semaines. Les interruptions s’allongent. En 2025, près d’un CV sur deux (48 %) montre une inactivité d’au moins six mois. Les arrêts de trois mois se banalisent également, apparaissant dans plus d’un dossier sur deux.
Concrètement, seuls 39 % des CV ne présentent aucune pause, contre près de la moitié en 2021. En quatre ans, la tendance s’est donc inversée.
Cette évolution interroge : elle reflète certes un marché de l’emploi parfois instable — avec ses plans sociaux et ses reconversions imposées — mais aussi une autre manière de penser sa vie professionnelle. De plus en plus de salariés privilégient l’équilibre personnel, quitte à accepter des périodes de vide temporaire sur le plan professionnel.
L’héritage de la crise sanitaire et de l’incertitude économique
On aurait pu croire que, passée la tempête de la pandémie, les trajectoires professionnelles se stabiliseraient. Ce fut en partie vrai entre 2022 et 2024. Mais les effets de la crise continuent de se faire sentir : incertitude économique persistante, montée des attentes en termes de bien-être au travail, besoin de redonner du sens à son métier.
Aujourd’hui, il est de moins en moins rare d’entendre des témoignages comme celui de Claire, 42 ans, ancienne cadre commerciale qui a quitté son poste après un burn-out : « Mon médecin m’a conseillé d’arrêter. Trois mois sont devenus six, puis j’ai repris une formation. Je ne l’ai pas vécu comme une faiblesse, mais comme une renaissance. »
Cette vision illustre bien un changement culturel profond : le “trou” dans le CV n’est plus un stigmate, mais parfois la marque d’une transition positive.
Une nouvelle norme à apprivoiser
Les employeurs eux-mêmes doivent désormais s’adapter. Les services RH apprennent à évaluer autrement les parcours, à regarder au-delà des interruptions. Certaines entreprises y voient même une richesse : un salarié qui a pris du recul, changé de voie ou osé une pause revient souvent avec une énergie et une motivation différentes.
Finalement, ces “blancs” dans les CV racontent l’histoire d’une société en mouvement, où la carrière n’est plus une ligne droite, mais un chemin sinueux, jalonné de pauses et de redémarrages. Et si, au lieu de les redouter, nous commencions à les considérer comme une nouvelle normalité du travail ?